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Dossiers chauds

CASSÉE! (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 9 octobre 2006

Des syndicats injustes?

Pendant ce temps, que font les syndicats pour aider la cause des jeunes travailleurs? Jacques Théoret, conseiller syndical à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, admet qu’il y a du pain sur la planche. «La structure syndicale actuelle et nos lois sur le travail ne sont pas adaptées aux nouvelles réalités de l’emploi. Le rapport de force des syndicats est plus important dans les grandes entreprises. Or, maintenant, les compagnies font beaucoup appel à des petits sous-traitants et à des pigistes. Il faudra voir comment les syndicats peuvent s’organiser pour répondre aux besoins de ces travailleurs.»

Malheureusement, beaucoup de recrues ont l’impression que les syndicats travaillent surtout à protéger les acquis des employés qui ont de l’ancienneté. Et ils n’ont pas toujours tort. «Les disparités de traitement selon les différents statuts d’emploi sont parfaitement légales, tant dans nos lois que dans les conventions collectives. Syndicats et patrons jouissent d’une grande liberté dans la détermination du contenu des conventions», remarque Jean Bernier.

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D’où la fameuse controverse entourant les clauses discriminatoires (celles qu’on appelle communément les «clauses orphelin»). Ces mesures, qui imposent des conditions de travail et de rémunération moindres aux nouveaux employés, sont apparues dans les conventions collectives autour de 1980. Elles ont connu un boom dans les années 1990, notamment lorsque le ministre des Affaires municipales de l’époque, Rémy Trudel, a ordonné aux municipalités de couper 6 % dans leur masse salariale. Du coup, les administrations et les syndicats d’employés de plusieurs villes se sont entendus pour sabrer dans le salaire des nouvelles recrues, tout en protégeant les acquis des anciens employés.

Alain Caron, pompier à la Ville de Sherbrooke et président du Groupe d’action pour l’équité et l’égalité salariale des pompiers (GAPES) de sa municipalité, s’est battu contre les clauses de disparité de traitement. Au printemps dernier, son groupe s’est entendu avec la Ville pour redéfinir l’échelle salariale, qui pénalisait les jeunes. Mais la bataille n’est pas terminée. «Les pompiers permanents embauchés avant 1998 se sont accordé deux augmentations de salaire, en 2001 et 2002, pour un total de 3 %. Ceux qui ont été embauchés après n’y ont pas eu droit. C’est de la discrimination! On a porté cette cause devant la Commission des normes du travail.»

Aidez-vous les uns les autres


Si quelques groupes d’employés dans une situation précaire prennent les moyens pour se défendre, comme les travailleurs des compagnies de messagerie à vélo qui ont commencé à se syndiquer, tous les jeunes ne sont pas aussi dynamiques. Certains ont peur de se faire congédier en s’impliquant dans le syndicat, vu leur statut temporaire. D’autres estiment que les syndicats sont une «affaire de vieux» et protègent surtout les incompétents…

«Les jeunes ont tendance à négocier leurs salaires derrière des portes closes, sans divulguer ce qu’ils obtiennent», remarque le sociologue Jacques Hamel. C’est le cas de Martin, représentant dans le secteur de l’alimentation. «Quand on est bon dans ce qu’on fait, on n’a pas besoin d’un syndicat, estime-t-il. J’ai toujours réglé mes affaires par moi-même, et j’ai eu ce que je voulais. J’ai le gros bout du bâton.»

Une mentalité répandue chez les jeunes, estime Jean Bernier. «Ils ont confiance en eux et pensent pouvoir se débrouiller seuls. Puis ils vieillissent, se font avoir dans différentes entreprises et prennent conscience de leur précarité. Je ne suis pas prêt à donner l’absolution aux syndicats, mais je suis convaincu que c’est par l’action collective que les jeunes réussiront à améliorer leur sort, bien plus que par l’action individuelle.»

Jacques Théoret, de la FTQ, est plutôt optimiste. «Les statistiques indiquent que les jeunes ne désertent pas les syndicats. Selon nos sondages, les 18-25 ans représentent le groupe qui ressent le plus le besoin de s’organiser syndicalement, étant donné leur précarité. Cela me porte à croire qu’on aura de plus en plus de demandes d’accréditation dans les années à venir.»

Eldorado


Peut-on espérer que les départs massifs à la retraite des boomers améliorent les conditions de travail des jeunes en libérant des postes permanents? «La grosse balloune qu’on leur fait miroiter en raison des pénuries de main-d’œuvre anticipées pourrait dégonfler, estime Jacques Hamel. J’ai l’impression que le patronat profitera des retraites pour revoir à la baisse les salaires et les avantages sociaux.»

Jean Bernier croit pour sa part que le Québec doit réformer ses lois du travail pour mieux encadrer l’emploi atypique, et vite. «Il faut établir l’égalité de traitement entre les différents statuts d’emploi afin que tous aient droit aux mêmes conditions. Ça coûterait plus cher aux entreprises, mais ça les dissuaderait peut-être d’avoir recours à du personnel jetable.»

Mais pour le moment, le gouvernement ne semble pas pressé d’agir, remarque Jean Bernier. Les 53 recommandations qu’il a formulées dans son rapport sur le travail atypique et qu’il a remis au gouvernement en 2003, sont restées lettre morte. Reste à voir si les jeunes, qui depuis toujours ont voulu changer le monde, pourront commencer à améliorer leur propre sort.


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