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La congestion de diplômés sur le marché du travail fait en sorte que beaucoup d’entre eux font des jobines à un salaire minable, avec en prime une dette d’études à rembourser. Fini, le temps où les études garantissaient la prospérité?

Par Marie-Hélène Proulx
Photos : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 9 octobre 2006


Désillusionnés. Amers. Ces mots reviennent souvent dans la bouche de Marie et Claude, un jeune couple de Charlesbourg qui tire le diable par la queue. Malgré le temps et l’argent investis dans leurs études, l’une ayant obtenu une maîtrise en psychologie, l’autre un diplôme collégial en informatique, leur situation professionnelle et financière est loin d’être un jardin de roses.

«On gagne 60 000 $ par année à deux, et on a 50 000 $ de prêts étudiants à rembourser, explique Claude. Je vais d’un contrat à un autre depuis cinq ans à titre de formateur en informatique. Ma femme est psychologue dans un organisme communautaire. Avoir su qu’on en arracherait autant, j’aurais fini mon secondaire et je serais devenu chauffeur d’autobus, à 60 000 $ par année. On est tellement déçus qu’on s’est juré de décourager notre fils de faire des études universitaires.»

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Vrai qu’étudier longtemps ne rend pas toujours son homme plus riche. Frédéric Deschenaux, professeur au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski, l’a constaté lorsqu’en 2004, il a mené une étude auprès de 6 000 Québécois âgés de 20 à 34 ans. «Les deux tiers des diplômés universitaires gagnaient moins de 30 000 $ par année, et ils n’étaient pas nécessairement tous en début de carrière.»

Récolter un faible salaire est en effet désolant quand on s’est endetté pour obtenir un diplôme. Or, les dettes sont le lot de 70 % des étudiants, selon l’Office de la protection du consommateur. Et beaucoup auront le vertige lorsque l’heure du remboursement sonnera : en mai dernier, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) révélait que le nombre d’étudiants ayant atteint le maximum d’endettement permis par l’aide financière gouvernementale a quadruplé depuis deux ans. À titre indicatif, la limite pour un doctorat est fixée à 55 000 $, incluant les dettes accumulées au baccalauréat et à la maîtrise.

«Étudier est un manque à gagner, constate Mircea Vultur, professeur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), qui s’intéresse au rôle du diplôme et des filières de formation dans le processus d’insertion professionnelle des jeunes. Chaque année passée à l’école est une année de moins à faire de l’argent, et dans bien des cas, une année de plus à s’endetter.»

Reste qu’en règle générale, plus on a de papiers, mieux on s’en tire côté boulot. À preuve, le taux de chômage des diplômés de l’université est moins élevé que celui de la population en général, et que celui des autres diplômés. Autre donnée éloquente : en 2000, les universitaires ne représentaient que 8 % des travailleurs à plein temps peu rémunérés (moins de 375 $ par semaine), comparativement à 30,2 % chez ceux qui n’ont pas fini leur secondaire et 32,5 % chez ceux qui n’ont qu’un diplôme d’études secondaires.

Sauf qu’aujourd’hui, il y a deux fois plus de bacheliers et de docteurs qu’en 1976, et trois fois plus de titulaires de maîtrise. «Dans certains domaines, on assiste à une dévalorisation des diplômes causée par leur inflation sur le marché du travail, explique Mircea Vultur. Pour les employeurs, le diplôme n’est plus nécessairement un gage de compétence. Les directeurs de ressources humaines affirment privilégier plus l’expérience et les qualités individuelles que le “papier”.»

«Pour les employeurs, le diplôme n’est plus nécessairement un gage de compétence.»
— Mircea Vultur, Professeur, INRS

Richard Fahey, vice-président de la division québécoise de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), estime quant à lui que le problème n’est pas tant la surqualification que la «mauvaise» qualification. «Nos enquêtes révèlent que 80 % des emplois à pourvoir dans les PME exigent des diplômes de formation professionnelle et technique. Or, le Québec produit beaucoup de diplômés universitaires.»

Mircea Vultur souhaiterait lui aussi une meilleure concertation entre le système d’éducation et le marché du travail. «Délivrer des diplômes sans tenir compte de la situation du marché du travail, c’est comme mettre de l’essence dans une voiture qui n’a pas de moteur.»

Floués

Marie digère mal le fait qu’elle n’a pas eu l’heure juste durant ses études. «J’ai l’impression d’avoir servi à renflouer les coffres de l’université. Les professeurs nous disaient que toutes les entreprises s’arrachaient les psychologues. En dernière année de maîtrise, on a appris que la plupart d’entre nous devraient plutôt ouvrir un cabinet privé, faute de débouchés.»

Si on l’avait prévenue, elle n’aurait pas étudié aussi longtemps. «Il faut qu’on arrête de dorer la pilule! La société nous encourage à poursuivre nos études. Mais si, au bout du compte, tu n’as pas le salaire qui te permet de rembourser tes prêts, ça donne quoi? J’ai 27 000 $ de dettes et j’ai l’impression que je ne m’en sortirai jamais.»


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