Rémi Fortier, 21 ans, a également l’impression de s’être fait avoir. Diplômé du cégep en graphisme, il travaille aujourd’hui dans une imprimerie à 9,40 $ l’heure, après avoir occupé un poste de commis dans un supermarché. «Au cégep, les professeurs nous avaient gonflés à bloc : les taux de placement étaient élevés, on pouvait espérer un job à 15 $ l’heure. Le hic, c’est qu’il y a trop de finissants par rapport aux postes disponibles. Résultat : tous mes camarades de classe vivotent. Comment se fait-il que les programmes en graphisme ne soient pas contingentés?»
Mais les collèges et les universités ne sont pas les seuls responsables, croit Rémi. «Nos parents veulent à tout prix qu’on étudie, surtout quand ils n’ont pas eu cette chance. Ils pensent qu’on trouvera un meilleur emploi. Mais bien des diplômés emballent l’épicerie…»
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«C’est un peu l’histoire du lièvre et de la tortue, explique-t-il. Bien des diplômés connaissent des départs ardus, acceptant des emplois en dessous de leurs qualifications pour acquérir de l’expérience. Cette situation était rare il y a 30 ans. Mais à mesure qu’ils avancent, leurs salaires grimpent et finissent par dépasser celui des travailleurs déjà en place. C’est à ce moment que leur diplôme devient payant. Habituellement, l’écart salarial entre les diplômés se creusent vers l’âge de 40-50 ans.»
Sandrine, 30 ans, titulaire d’une maîtrise en biologie moléculaire, commence à voir la lumière au bout du tunnel. En sortant de l’université, elle a été embauchée à 30 000 $ par année comme technicienne de laboratoire, un emploi pour lequel elle était surqualifiée. «Mon salaire a fait un bond de 20 000 $ en cinq ans. Grâce à ma maîtrise, j’ai pu accéder à des postes plus élevés. Je peux même espérer devenir administratrice de la compagnie, ce qu’un baccalauréat ne me permettrait pas.»
Clément Lemelin, professeur au Département des sciences économiques à l’Université du Québec à Montréal et spécialiste des questions de financement et de rentabilité de l’éducation, est catégorique : «Il y a toujours eu des histoires de plombier avec une 10e année qui gagnait plus que son voisin docteur en théologie. Mais en vérité, il existe une corrélation positive entre la scolarisation et le revenu, même si cette relation n’est pas automatique.»
Malgré tout, depuis quelques années, on observe une dégradation des conditions de travail des travailleurs qualifiés, souligne Mircea Vultur dans «Le chômage des jeunes au Québec et au Canada : tendances et caractéristiques», un article paru en 2003 dans la revue Relations industrielles. Par exemple, de 1990 à 2002, le taux de chômage des titulaires d’un diplôme universitaire chez les 15-24 ans est passé de 7,1 % à 8,4 %. Des récentes données du MELS démontrent aussi une hausse du taux de chômage des titulaires d’un baccalauréat et d’une maîtrise depuis 2001.
Autrement dit, les études ne prémunissent plus autant du chômage qu’avant. Pas plus qu’elles ne constituent un ticket vers l’aisance financière. Jacques Théoret, conseiller syndical à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, en sait quelque chose. «À 18 ans, j’étais soudeur et je gagnais 40 000 $ par année. Puis j’ai quitté mon travail pour faire un baccalauréat en relations industrielles. Ça m’a pris 10 ans pour revenir au salaire que je faisais à l’époque… mais avec 24 000 $ de dettes! Cela dit, je ne le regrette pas. Ce que m’ont apporté mes études est extraordinaire.»
Les diplômés chôment-ils?
Formation professionnelle au secondaire : 11,2 %
Attestation de spécialisation professionnelle au secondaire : 10,2 %
Formation technique au collégial : 5,5 %
Baccalauréat : 5,3 %, comparativement à 4 % en 2001
Maîtrise : 5,7 %, comparativement à 3,7 % en 2001
Taux pour l’année 2005.
Sources : Indicateurs de l’éducation 2006, et La relance à l’université, situation en janvier 2005 – promotion 2003. Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport.