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Dossiers chauds
La génération des beaux, bons, pas chers

Pris à la gorge

Côté boulot, ils vivotent plus souvent qu’autrement. Et pour ne rien arranger, ils sont dépensiers. Zéro en matière de finances personnelles, les jeunes flambent leur argent jusqu’à se mettre sur la paille.

Par Marie-Hélène Proulx
Photos : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 9 octobre 2006


Adieu virées avec les copains, bonnes bouffes au resto, voiture, gadgets électroniques, enceinte satellite. À 31 ans, Sébastien Robitaille, chauffeur-livreur dans une entreprise de Montréal, vient de déclarer faillite.

Il ne voyait pas le jour où, avec son salaire à 10 $ l’heure, il viendrait à bout de son prêt étudiant de 9 000 $ et, surtout, des 22 000 $ de dettes qu’il a accumulés sur ses cinq cartes de crédit.

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«J’étais aveuglé par les possibilités qu’offre le crédit et je me suis fait prendre dans l’engrenage. Le pire, c’est que j’ai surtout dépensé pour des niaiseries, comme une vieille voiture décapotable qui m’a coûté une fortune en réparations ou de coûteuses épiceries de bières importées!»

L’histoire de Sébastien fait gonfler les statistiques, qui sont affolantes. De 1987 à 2005, le nombre de faillites a doublé chez les 15-24 ans, et augmenté de 150 % chez les 25-29 ans et les 30-35 ans. Sans compter tous les autres qui croulent encore sous leurs dettes. À qui la faute?

«Les jeunes ont grandi dans une société où le crédit est omniprésent. Leurs propres parents sont plus endettés que jamais! explique Marie Lachance, professeure au Département d’économie agroalimentaire et sciences de la consommation de l’Université Laval. Ils sont conditionnés à utiliser les cartes de crédit. Ils sont d’ailleurs très sollicités par les banques, jusque sur les campus.»

Il n’a jamais été aussi facile de succomber aux tentations matérielles, remarque Isabel Thibault, conseillère budgétaire à l’Association coopérative d’économie familiale de l’est de Montréal (ACEF). «Non seulement les cartes de crédit sont à portée de main, mais en plus, la formule “achetez maintenant, payez plus tard” est très populaire. À ce phénomène s’ajoute un changement de valeurs. Les jeunes veulent tout avoir tout de suite, et du neuf. Ils ne veulent pas des meubles de leur vieil oncle!»

«Le problème, c’est qu’en budgétant, certains voient leur réalité en face, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas beaucoup d’argent.»
— Stéphanie Paquin, Conseillère budgétaire, ACEF de l’est de Montréal

Pire encore, ils sont fichtrement ignorants en matière de finances personnelles. Marie Lachance l’a constaté l’an dernier alors qu’elle menait une enquête sur les connaissances des jeunes au sujet du crédit. «La moitié des 980 répondants, tous âgés de 18 à 30 ans, pensaient qu’on ne paye pas d’intérêt sur une carte de crédit quand on rembourse le montant minimum dû! Les jeunes ne sont pas éduqués par rapport aux questions d’économie familiale. Ils apprennent sur le tas!»

Sébastien Robitaille l’admet : jamais il n’avait fait de budget avant sa faillite. «Je ne savais pas combien je pouvais dépenser d’argent avec mon salaire sans risquer de me mettre à la rue. Personne ne m’a montré comment planifier mes finances. Ma propre mère a fait faillite il y a quelques années…»

«Le problème, c’est qu’en budgétant, certains voient leur réalité en face, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas beaucoup d’argent, constate Stéphanie Paquin, également conseillère budgétaire à l’ACEF de l’est de Montréal. C’est difficile à accepter dans une société de consommation comme la nôtre.»

Mais faire face à la musique vaut peut-être mieux que de s’endetter jusqu’au cou. «Les problèmes financiers peuvent avoir de graves répercussions, tant sur le plan de la santé mentale et physique que sur la famille», ajoute-t-elle.

C’est sans compter les projets d’avenir, comme créer une entreprise ou fonder une famille, qu’on troque contre des bébelles. «J’assume mon erreur et je l’accepte, affirme Sébastien Robitaille. Mais une chose me reste en travers de la gorge : le fait de ne pas pouvoir m’acheter de maison avant au moins sept ans. Ça, ça fait mal.»


Les ménages canadiens ont environ 1,08 $ de dette pour chaque dollar de revenu net disponible.

75 % des étudiants canadiens ont un solde impayé moyen de 800 $ sur leur(s) carte(s) de crédit.

Les Québécois de 18 à 29 ans sont plus endettés aujourd’hui, mais possèdent aussi moins d’actifs qu’en 1994. À l’époque, 18 % avaient un prêt hypothécaire contre 8,8 % aujourd’hui.

Les trois quarts des Québécois de 18 à 29 ans ont au moins une dette; la plus répandue est la dette d’études, suivie du solde impayé sur une carte de crédit, puis du prêt pour l’achat d’une voiture.

L’utilisation de la carte de crédit a augmenté de 27 % depuis 1994 chez les Québécois de 18 à 29 ans.

L’utilisation du prêt personnel est de deux à quatre fois plus élevée chez les Québécois de 18 à 29 ans qu’en 1994.

Sources : Les jeunes adultes québécois et le crédit : connaissances, attitudes et endettement, Marie J. Lachance, Pierre Beaudoin, Jean Robitaille, Université Laval, 2005, et Statistique Canada.


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