Loin d’être des havres de paix, les milieux de travail majoritairement féminins seraient des nids de commérages et de coups bas, écrit en substance Louise Doucet dans Femmes au travail (Éditions Logiques, 2006).

Avis aux féministes qui s’offusqueraient de ce constat : cette consultante en santé et mieux-être au travail a questionné 600 hommes et femmes de plusieurs pays, dont le Canada et la France, sur des conflits vécus avec des collègues féminines. Elle a aussi personnellement reçu de bons coups de griffes. La femme serait-elle donc une louve pour la femme? Parfois, répond l’auteure.
Heureusement, selon elle, il est possible de désamorcer ces querelles sans sortir l’artillerie lourde : un peu d’introspection et de communication suffisent. Pourvu que chacune y mette du sien et arrête de bitcher!
Q › Pourquoi vous intéressez-vous aux conflits dans les milieux de travail majoritairement féminins?
R › J’ai vécu un conflit de ce genre en début de carrière, alors que j’étais enseignante au collégial. Ça a été très difficile : plus personne dans le département ne me parlait alors que j’avais l’impression de faire du bon travail. J’ai fini par démissionner. Je m’en suis bien sortie, c’est-à-dire que je n’ai pas fait de dépression, et j’ai réussi à réorienter ma carrière. Mais je me suis toujours demandé pour quelles raisons cela s’était produit. Plus tard, j’ai compris que j’avais été victime du phénomène que les américaines Pat Heim et Susan Murphy appellent «la Règle» dans La femme est un loup pour la femme (Payot, 2004). J’ai eu envie d’en savoir plus.
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Q › Quelle est cette «Règle» dont vous auriez été victime?
R › Pour que s’établisse une relation harmonieuse entre deux femmes, il faut qu’elles aient l’impression de posséder une estime de soi et un pouvoir équivalents. Il ne s’agit pas seulement de l’estime ou du pouvoir sur le plan professionnel; cela inclut aussi la beauté
physique, la fortune personnelle, le statut du conjoint, les talents en dehors du travail, etc.
Quand cet équilibre est rompu, la femme qui se sent lésée va essayer de le rétablir en cherchant du soutien auprès de ses autres collègues. Concrètement, elle va tenter de diminuer le pouvoir de celle qui, selon elle, en aurait trop. Pour ce faire, elle peut, par exemple, trahir ses confidences antérieures, la snober, la priver de renseignements nécessaires à son travail, commérer à son sujet en laissant sous-entendre qu’elle manque à ses tâches. Certaines vident même la boîte vocale de celle qu’elles considèrent comme leur rivale! Une situation qui dégénère à ce point joue sur l’atmosphère dans le bureau et peut mener à la création de clans, ce qui affectera tous les employés, hommes ou femmes.
Q › Certains pourraient qualifier ces idées de sexistes, d’autant plus que vous reconnaissez vous-même que votre enquête n’a pas de prétention scientifique. Comment votre livre est-il reçu par les femmes?
R › Je ne peux pas empêcher les gens de penser ce qu’ils veulent. Certaines femmes m’ont écrit qu’elles étaient irritées par mon enquête parce qu’elles la trouvent biaisée. Par contre, plusieurs m’ont remerciée de m’intéresser à ce sujet mal connu. Les conflits dans les milieux de travail féminins sont une réalité, si je me fie aux réponses que j’ai eues des participants des différents pays. Aussi, mon enquête confirme la dynamique mise en évidence par les auteures américaines Pat Heim et Susan Murphy. Selon mes répondants, la jalousie serait en effet la principale cause des rivalités dans les milieux de travail majoritairement féminins.
Q › Pourquoi ce genre de comportement serait-il plus courant dans
les milieux de travail féminins que masculins?
R › Au travail, les hommes et les femmes sont différents. Alors que les hommes carburent à la compétition, les femmes accordent beaucoup d’importance aux relations humaines et sont plus proches de leurs émotions. Donc, quand elles vivent un conflit avec une autre femme, c’est la relation en soi qui est touchée : elles cessent de se parler, de se saluer, de s’aider dans leur travail, etc. Les hommes, eux, vont droit au but et prennent généralement les conflits de façon moins personnelle. Ils s’en font donc moins en cas de désaccord avec leurs collègues. S’ils ont un problème avec une personne, ils en discutent avec elle, tout simplement. Ils peuvent très bien aller boire un café avec elle après!
Q › Que proposez-vous pour régler les différends entre collègues féminines?
R › Il est important que chacune connaisse la Règle. Il est également souhaitable que chaque employée se sente valorisée. Les gens ne sont pas des numéros : ils ont une estime de soi dont il faut prendre soin! Et ce n’est pas seulement aux patrons de le faire : n’importe qui peut féliciter une collègue pour un travail bien fait ou la remercier pour un service rendu.