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Dossiers chauds
Michel Venne, directeur de l’Institut du Nouveau Monde

La quête de Monsieur Sourire

Certains journalistes laissent tomber le métier pour se lancer en politique. Michel Venne l’a plutôt quitté pour intéresser de nouveau ses concitoyens à la politique. Après 20 ans dans les médias, il consacre désormais tout son temps à l’Institut du Nouveau Monde, un organisme qui porte le message de la démocratie et de la participation civique.

par Annick Poitras
Photo : Patrice Bériault


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 3 Mars 2007


Fondé en 2003, l’Institut publie entre autres l’Annuaire du Québec aux éditions fides, une revue annuelle de ce qui brasse dans la province, et se voue au renouvellement des idées en organisant des activités où jeunes, vieux, rêveurs et cyniques se réunissent, débattent et proposent des solutions pour repenser le Québec.

Alors qu’il était directeur de l’information du Devoir, Michel Venne disait vouloir répondre aux grandes questions qui n’ont pas de réponse. Donner aux citoyens les instruments de pouvoir pour participer à la société dans laquelle ils vivent. Il poursuit aujourd’hui cette quête. Autrement.

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Est-ce la colère ou l’optimisme qui vous a poussé vers l’Institut du Nouveau Monde?
Un mélange des deux, car les deux sont nécessaires. D’un côté, lorsqu’on a fondé l’Institut, j’étais en colère contre une sclérose dans les débats d’idées au Québec. J’avais le sentiment qu’on baissait les bras devant la politique et les défis. Colère aussi contre l’univers médiatique dans lequel j’évoluais : les porteurs de liberté et d’initiatives sont plus nombreux qu’on le pense, mais ils n’apparaissent pas toujours autant qu’on le voudrait dans l’espace public. Optimisme parce que je savais que ces gens, investis dans le renouvellement de la pensée, faisaient des choses formidables dans leur entourage, dans les mouvements sociaux et dans le monde économique.

Vous êtes reconnu pour l’optimisme de vos constats. Comment faites-vous pour le rester?
J’essaie de rester lucide. Et la lucidité, ce n’est pas d’être en «joualvert» parce que soi-disant, les Québécois ne travaillent pas assez! La lucidité, c’est être connecté à la réalité. J’essaie de ne pas me laisser submerger par des tempêtes médiatiques injustifiées, comme celle des accommodements raisonnables, par exemple. J’essaie de rester calme devant les tourmentes que les médias et l’élite économico-politique en position de pouvoir – comme le Conseil du patronat, les centrales syndicales et les chefs politiques, notamment – tentent de nous imposer parfois.

Quel est le pouvoir du citoyen dans tout ça?
Le citoyen a un pouvoir réel, qu’il doit prendre. Comment? Il peut lui-même devenir membre de cette élite et peut-être infléchir les débats. Il peut aussi avoir du pouvoir par ses choix de consommation. On ne révolutionne peut-être pas le monde en achetant du café équitable, sauf qu’on l’améliore. Il peut aussi recycler, réduire sa consommation d’eau, faire du bénévolat, etc. Le citoyen peut également se joindre à d’autres, faire des manifestations, des pétitions… Le gouvernement a d’ailleurs reculé sur certaines décisions devant des mouvements d’humeur de la population. Finalement, le citoyen peut être un agent d’information et de surveillance de l’élite, comme le fait Greenpeace, par exemple. Internet favorise d’ailleurs ce pouvoir individuel.

Quelles sont les principales caractéristiques d’un citoyen dit engagé?
D’abord, je préfère dire un citoyen responsable... Ses caractéristiques seraient d’avoir le souci des autres, d’être conscient d’avoir une responsabilité individuelle dans la société et d’être informé de ce qui se passe, sans pour autant être un junky d’information.

Est-ce qu’un citoyen responsable est nécessairement un travailleur responsable?
Une façon d’exercer sa responsabilité est de faire son travail correctement, de manière que ce soit une contribution à la société et non pas une nuisance. Même si certains ont moins le choix du travail que d’autres, j’estime qu’on conserve toujours une influence sur ce qui se passe autour de soi. Un travailleur responsable doit aussi accepter de courir le risque d’être jugé s’il exprime son avis. Jusqu’à peut-être perdre son emploi. D’où l’importance de se regrouper, pour créer un rapport de force. Un syndicat, fondamentalement, c’est ça.

Un travailleur peut-il s’offrir le luxe d’avoir un esprit critique envers l’entreprise qui l’emploie?
Un esprit critique, ce n’est pas un luxe, mais une nécessité! C’est dans la façon de l’exercer que ça se complique. J’imagine qu’un citoyen pacifiste ne travaillera pas dans une entreprise d’armement. Mais s’il le fait et qu’il réalise qu’il fabrique des instruments qui tuent des innocents, à partir de là, il est de sa responsabilité d’utiliser la connaissance qu’il a de cette entreprise pour changer les mentalités.


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