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Dossiers chauds

La quête de Monsieur Sourire (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 3 Mars 2007

Si les travailleurs québécois écrivaient un manifeste en 2007, qu’exprimerait-il à votre avis?
Leur manifeste porterait d’abord sur la sécurité économique. Les gens vivent une grande insécurité à tous points de vue (terrorisme, guerres, péril de la planète…), et aussi dans le travail. Même s’ils ne veulent plus nécessairement un emploi à vie, ils aspirent à une protection contre les soubresauts du marché du travail. Ensuite, les travailleurs souhaitent que le travail soit mieux organisé pour qu’ils aient du temps. Du temps pour vivre.

Mais certains disent pourtant qu’on ne travaille pas assez!
Oui, et ils disent n’importe quoi! La plupart des gens que je connais travaillent trop. Et c’est quoi, ne pas travailler assez? Dans un contexte de concurrence internationale, c’est sûr que les entreprises doivent être préoccupées par leur productivité. Mais il y a différentes façons d’être productif. On peut travailler 80 heures par semaine, mais je soupçonne que les 30 dernières seront peu productives. On peut aussi produire plus pour chacune des heures travaillées en modernisant les équipements, en formant les employés et en innovant dans les méthodes de production.

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Entre l’économie de marché (le Système, comme disent les jeunes), les travailleurs qui la font fonctionner et les politiciens, qui détient le plus de pouvoir?
Ce sont les dirigeants politiques. La plupart vont diront que c’est faux; mais ce sont quand même eux qui adoptent les lois! Exercent-ils toujours leur pouvoir autant qu’ils le pourraient? C’est contestable. Beaucoup ne prennent pas toutes leurs responsabilités. Et c’est difficile de dire que l’économie de marché a du pouvoir, parce que c’est simplement le système dans lequel on vit.

Mais les gens se disent souvent écrasés par le Système, ils se sentent impuissants!
Mais dans cette société libérale, capitaliste, chaque acteur peut faire une différence! On peut influencer des institutions et des individus. Par exemple, à partir du moment où on investit dans le transport en commun et qu’on taxe lourdement le carburant, on influence forcément la place de la voiture dans notre société. Et on le fait.

Croyez-vous que notre démocratie s’érode?
La démocratie élective est présentement contestée parce qu’on a le sentiment d’être mal représentés. Les citoyens veulent de plus en plus participer aux décisions entre les élections. Partout dans le monde, il se crée des mouvements de citoyens pour influencer l’évolution des sociétés. C’est la participation civique versus la participation élective.

Un des buts de l’Institut est de porter les messages citoyens aux élus. Écoutent-ils?
Ils écoutent. Parfois ils font quelque chose, parfois ils ne font rien. Leur problème, c’est que nos politiciens écoutent tout le monde et que tous ne sont pas d’accord. Les élus doivent faire des choix et doivent aussi suivre l’orientation de leur parti. J’ai été pendant 10 ans correspondant parlementaire. Mon expérience me dit que les élus sont assez connectés à la population mais qu’ils sont vulnérables, car ils ne peuvent pas être spécialistes de tous les enjeux. Les mécanismes politiques doivent donc leur donner du temps pour se documenter et se faire une bonne idée de ce qui constitue le bien commun, c’est-à-dire ce qui est favorable à une grande majorité de la population.

Ma déception est que le journalisme n’ait pas compris la transformation profonde qui se joue actuellement dans la société.

Vous avez un parcours professionnel remarquable; jusqu’à présent, quelle serait votre plus grande déception?
Ma déception est que le journalisme n’ait pas compris la transformation profonde qui se joue actuellement dans la société. Que l’univers médiatique dans lequel j’ai travaillé pendant 20 ans n’ait pas pris le virage citoyen. Que nos médias soient restés largement dominés par une logique commerciale axée sur la consommation et le divertissement, de même que sur une conception de la politique aujourd’hui dépassée, c’est-à-dire tournée vers la représentation, alors qu’on vit dans une démocratie de plus en plus de délibération et de participation. J’ai réalisé que d’écrire des articles ne suffisait pas à favoriser un meilleur débat public. Même des chroniques. Mais soyons clair : les médias sont essentiels et j’ai adoré faire ce métier, malgré ses limites. Et je ne dis pas que l’ensemble de mes ex-collègues font mal leur métier.

Vous croyez donc que les citoyens sont bien informés?
En général, la plupart des citoyens sont assez bien informés pour se comporter de façon responsable. Par exemple, lors d’une élection, grâce à l’information ambiante, ils pourront juger les principaux chefs de partis et voir où ils se situent sur les plans de la justice sociale, de l’environnement, etc. Ils pourront faire un choix relativement éclairé. Mais pour aller en profondeur dans les débats, c’est autre chose! Là, on a des lacunes plus graves. On est une des sociétés occidentales qui lit le moins. La lecture des journaux et des magazines est en baisse, surtout chez les jeunes. Cette lacune pourrait mener à de mauvaises décisions. On n’est pas la seule société à être frappée, mais disons qu’on est déjà mal en point!

Pour terminer, je vous dis le mot travail, spontanément vous pensez…
C’est drôle, j’allais dire bonheur!


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Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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