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Dossiers chauds

Pas de panique! (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 3 Mars 2007

Bonjour les robots

Toutefois, la situation n’est pas aussi dramatique qu’il n’y paraît. «Les données sur l’emploi manufacturier sont biaisées», explique Gérard Bélanger, professeur d’économique à l’Université Laval. Selon lui, plusieurs fabricants éliminent des services, comme les ressources humaines ou l’informatique, et confient ces tâches à des sous-traitants. Ainsi, les pertes d’emplois sont théoriques. En pratique, il ne s’agit que de transferts entre secteurs.

«Il y a bel et bien des licenciements, mais le transfert des postes d’un secteur à un autre explique en partie la baisse des emplois dans les manufactures», confirme Jean-Luc Trahan. Un constat également partagé par le président de la Fédération des travailleurs du Québec, Henri Massé, qui s’est exprimé à ce propos lors d’une assemblée des Manufacturiers et exportateurs du Québec, le 6 février dernier.

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Reste que le travail en usine est en profonde mutation. «L’équipement technologique s’est tellement raffiné qu’on a besoin de moins en moins de personnel pour faire le travail», dit Gérard Bélanger.

D’ailleurs, la réduction de la main-d’œuvre manufacturière s’observe partout sur la planète. Selon une étude menée par les économistes de l’Alliance Capital Management Holding LP, un important gestionnaire de fonds de New York, c’est 22 millions d’emplois manufacturiers qui ont été éliminés dans le monde entre 1995 et 2002. Même la Chine a perdu 15 % de ses travailleurs manufacturiers!

Selon l’Alliance, ces réductions de personnel sont dues à la concurrence mondiale qui s’accentue et aux progrès de la science, qui forcent les entreprises à automatiser leurs méthodes de travail pour être plus efficaces.

À preuve : la productivité mondiale du secteur de la fabrication a augmenté de plus de 30 % entre 1995 et 2002. «Au Québec, la productivité et les exportations manufacturières sont aussi en hausse en dépit des pertes d’emplois», souligne David Lesage, économiste à la SGF.

Bref, en ce qui a trait à la rentabilité, le secteur de la fabrication se porte bien. «L’importance du volume des biens manufacturés par rapport à l’ensemble de l’économie ne décroît pas. Les entreprises embauchent moins, mais ce n’est pas forcément une mauvaise chose, étant donné l’actuelle rareté de la main-d’œuvre en période de déclin démographique», souligne Gérard Bélanger.

Shops du futur

Moins d’emplois dans les manufactures, donc, mais aussi un profil de travailleurs différent. «La fabrication au Québec sera de plus en plus spécialisée, utilisant des technologies de pointe et un capital humain orienté vers les connaissances, la créativité et l’innovation», estime Pierre Fillion, directeur général de l’Association canadienne de l’industrie des plastiques. «Le travail bête en usine disparaîtra.»

Selon lui, le travailleur de l’avenir dirigera les machines à partir d’un ordinateur plutôt que de faire des opérations manuelles dans une chaîne de montage.

Une transition que les membres de la FTQ applaudissent, malgré les pertes d’emplois qu’elle risque d’entraîner. «On comprend que l’avenir passe par la modernisation des usines, soutient le vice-président de la FTQ, Clément L’Heureux. On demande seulement que le gouvernement débloque des fonds pour favoriser le passage à la retraite des travailleurs plus âgés et la formation des jeunes avec le nouvel équipement.»

La transformation des entreprises donnera aussi naissance aux gestionnaires d’entreprises virtuelles, qui auront pour mission de choisir des fournisseurs dans des pays où le coût de la main-d’œuvre est moindre et de diriger les activités de fabrication à partir du Québec. «On aura besoin d’eux par milliers d’ici à quelques années», prévoit Julio Macedo, docteur en génie industriel et professeur au Département de management et technologie à l’UQAM. L’École supérieure de mode de l’UQAM est d’ailleurs en train de développer une formation pour mieux préparer les jeunes à cette réalité.

Car selon les spécialistes interviewés, la production à l’étranger guette bon nombre d’entreprises québécoises, surtout celles qui fabriquent en grande quantité. En Chine, notamment, où 150 millions de paysans ne demandent qu’à travailler en usine pour 1 500 dollars américains par an.


Jobs à l’usine

• En 2006, il y a 8 100 emplois de moins dans le secteur de la fabrication qu’en 1976 (581 300 emplois contre 589 400).

• Il y a 20 ans, les vêtements et les produits de cuir employaient le plus de travailleurs manufacturiers au Québec. Aujourd’hui, ce sont les aliments et les produits en bois.

• En 1976, les manufactures employaient 23 % des travailleurs québécois (19 % au Canada). En 2006, elles offraient 15,5 % du total des postes (12,8 % dans l’ensemble du Canada). (M.-H. P.)

Source : Statistique Canada.


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Résultats



Québec

45,9 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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