En revanche, ces manufacturiers québécois pourront encore développer les produits et les commercialiser ici, puisque ce sont deux de leurs forces. «Ce qui ne signifie pas que la fabrication comme telle disparaîtra complètement», nuance Pierre Fillion.
En fait, l’avenir de la production made in Quebec se situe plutôt du côté des biens fabriqués en petite quantité, qui répondra aux exigences particulières des consommateurs – les vêtements de designers, par exemple, ou des tables de cuisine haut de gamme. «Les grandes usines céderont la place à de plus petites qui embaucheront des gens polyvalents, capables de travailler avec plusieurs types d’équipements», croit Julio Macedo.
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«Heureusement, on sent beaucoup de combativité chez nos manufacturiers», remarque Joëlle Noreau, économiste en chef au Mouvement des caisses Desjardins.
Plusieurs associations sectorielles se démènent pour riposter à la concurrence internationale. L’industrie du plastique, entre autres, n’a pas tardé à se mettre sur un pied de guerre. «Avant même que les médias parlent de la Chine, nous y étions déjà en mission économique, raconte Pierre Fillion, de l’Association canadienne de l’industrie des plastiques. Cela fait quatre ans que nous organisons des congrès et créons des outils Internet pour aider les entreprises à s’adapter.»
De son côté, le Groupe CTT – un organisme sans but lucratif qui épaule les entreprises textiles – organise des speed datings entre fabricants de textile et gestionnaires issus d’autres secteurs, notamment du transport et du vêtement de performance, afin de trouver de nouvelles applications aux tissus. «On invite les chefs d’entreprise à exprimer leurs rêves les plus fous en matière de textile – un vêtement qui changerait de couleur, par exemple –, et les fabricants tentent de répondre à leurs besoins», explique Daniel Bertrand, rédacteur en chef de la Revue du textile.
Enfin, des universitaires et des industriels issus du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) et du Partenariat de recherche sur l’industrie du meuble se remuent les méninges pour damer le pion aux compétiteurs. Parmi leurs projets : un bouton panique intégré à des meubles afin que les personnes âgées ou malades puissent joindre le 911.
«Il y a beaucoup de potentiel au Québec, mais les manufacturiers doivent s’allier davantage à des centres de recherche ou des universités afin d’innover, estime Hedi Kaffel, analyste au CRIQ. Aussi, les PME auraient intérêt à se regrouper pour se payer des experts en technologie ou partager des équipements coûteux. Aujourd’hui, la compétition ne vient plus du voisin, mais de l’extérieur du pays!»
À la Société générale de financement, le ton est aussi optimiste, même si on reconnaît qu’il est plus difficile qu’avant d’investir dans les entreprises manufacturières. «Les pays émergents et la hausse du dollar ont changé la donne, explique Chantal Malo. Désormais, on vise davantage les manufacturiers qui font de l’innovation une priorité, dont les produits sont difficilement copiables et où la main-d’œuvre apporte une valeur ajoutée. Les entrepreneurs québécois ont toujours été ingénieux, alors on va s’en sortir.»
Peuple de patenteux, à vos neurones!
Les espoirs de 2007
Statistique Canada indique que les nouvelles commandes pour l’industrie manufacturière au pays ont connu un regain de 3,9 % en novembre, pour s’établir à 49,9 milliards de dollars. Et un fabricant canadien sur quatre pense que son niveau de commandes augmentera en 2007.
Selon Joëlle Noreau, économiste en chef au Mouvement des caisses Desjardins, la stabilisation du dollar canadien prévue cette année devrait donner un répit aux fabricants, bien que le ralentissement observé actuellement sur les marchés américains soit source d’inquiétude. Au moment de mettre sous presse, en février 2007, le dollar canadien valait 85 cents, en baisse constante depuis mai 2006, où il avait atteint 90 cents.
Pour ce qui est de l’emploi, deux fabricants sur trois pensent maintenir leurs effectifs cette année, tandis que 15 % d’entre eux pensent embaucher. Un bémol, cependant : les fabricants québécois seraient, avec les Ontariens, les plus pessimistes du Canada face à l’avenir. (M.-H. P.)
Source : Enquête mensuelle sur les industries manufacturières, janvier 2007, Statistique Canada.