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Les vêtements, les meubles, le papier, les ordinateurs, les médicaments, alouette! Les Chinois pénètrent de nombreux marchés et donnent des sueurs froides aux manufacturiers québécois. Avec raison?

Pierre Fillion est allé trois fois en mission économique en Chine. Ce qu’il a vu l’a sidéré. Le mythe des gadgets fabriqués par de pauvres ouvriers dans des usines vétustes en a pris pour son rhume. «Ils ont des technologies incroyables, ils sont d’une efficacité redoutable et personne ne se fait fouetter!» raconte le directeur de la section québécoise de l’Association canadienne de l’industrie des plastiques.
Vrai que les Chinois sont ambitieux. Depuis 2001, la croissance annuelle de leur production est supérieure à 15 %. Le taux d’exportation atteint des records et les investisseurs étrangers n’ont d’yeux que pour l’Orient.
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Mais le Québec a encore des atouts dans sa manche. En ce qui a trait à l’innovation technologique, les pays émergents, dont la Chine, sont encore à des «années-lumière de l’Amérique du Nord», estime Julio Macedo, docteur en génie industriel et professeur au Département de management et technologie à l’UQAM.
«Dans le vêtement, quelques usines sont effectivement à la fine pointe de la science. Mais ce sont toujours celles que les Chinois font visiter pour illustrer leur réussite… Beaucoup de PME sont sous-équipées et leurs méthodes de travail n’obéissent pas à nos normes de qualité.»
Résultat : leurs produits sont souvent bons pour le recyclage! «J’ai vu des distributeurs obligés de jeter un vêtement sur deux parce qu’ils avaient trop de défauts. Ce qui occasionne une grande perte d’argent», dit Julio Macedo. Ce qui ne risque pas d’arriver avec des manufacturiers québécois, croit-il, puisque leurs normes de confection sont très strictes.
D’ailleurs, Reebok a annoncé en janvier qu’elle fera fabriquer les chandails de la Ligue nationale de hockey à son usine de Saint-Hyacinthe plutôt qu’en Asie, malgré les coûts plus élevés. L’expertise de la main-d’œuvre québécoise aurait séduit la direction. Pour la même raison, le Vietnamien Phong Vu, propriétaire de Modes King à Calgary, a aussi ouvert une fabrique de vêtements sport à Saint-Jérôme.
De plus, selon lui, ces pays n’ont pas d’infrastructures qui facilitent l’accès à la connaissance. Les usines ne sont pas toutes branchées à Internet – certaines régions n’ont même pas l’électricité en continu! – et les chercheurs sont moins accessibles.
La localisation géographique leur met un autre bâton dans les roues : les Asiatiques seront toujours plus éloignés des États-Unis que le Québec. Quand il faut livrer rapidement une commande, cet aspect pèse lourd dans la balance. Sans compter qu’on ne peut leur commander de petites quantités, les coûts de transport étant très élevés, fait remarquer Julio Macedo.
«Et comme les systèmes juridique et comptable du Québec sont comparables à ceux des États-Unis, cela facilite les transactions», ajoute Joëlle Noreau, économiste en chef au Mouvement des caisses Desjardins.
Même leurs coûts de production moins élevés pourraient s’éroder, croient plusieurs spécialistes. «Le yuan s’apprécie et la main-d’œuvre commande des salaires de plus en plus élevés», remarque Jean-François Michaud, pdg de l’Association des fabricants de meubles du Québec.
«Reste que la Chine est là pour de bon», admet Jean-François Michaud. Les dirigeants de l’empire du Milieu espèrent ravir aux États-Unis le titre de la plus grande puissance économique mondiale d’ici à 50 ans…
Au Québec, l’essor asiatique sur les marchés internationaux, qui a commencé au début des années 1990 et s’est consolidé après l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en 2001, change le secteur manufacturier. «La Chine ne peut cependant s’accaparer tous les marchés, ajoute Jean-François Michaud. Je ne suis pas inquiet; les fabricants québécois trouveront leurs propres créneaux.»
Mais encore faut-il que ces derniers soient au garde-à-vous Une étude alarmiste publiée par le Groupe Secor en octobre conclut que deux manufacturiers québécois sur trois ne sont pas prêts à donner le change aux Chinois, qui se préparent pourtant à pénétrer tous les secteurs de la fabrication. Et bien que la plupart des entrepreneurs se croient bien outillés, seuls 25 % d’entre eux ont mis en place des stratégies concrètes pour leur river le clou.
La Chine, y a rien là?