Trouvez un article

Rechercher

Dossiers chauds
Ça va (pas si) mal à la shop!

La vie après la mort

Catastrophe! Une grande usine ferme en région. Des centaines d'emplois sont perdus, l'économie est fragilisée. Mais que se passe-t-il après le choc? Ça dépend... Voici trois histoires qui ont marqué le Québec.

par Jean-Sébastien Marsan


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 3 Mars 2007


Depuis 1915, Papiers Gaspésia était le moteur économique de la petite ville de Chandler. L'entreprise spécialisée dans la production de papier journal, le plus important employeur manufacturier de la Gaspésie, a mis la clé sous la porte en 1999, laissant 569 travailleurs sans gagne-pain. Polluante, peu performante, l'usine n'était plus en phase avec les besoins du marché, selon son propriétaire, Abitibi-Consolidated. Pour la péninsule, cela marquait le début d'une traversée du désert.

En 2000, le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec, Tembec industries et la société d'État SGF Rexfor ont acheté la défunte Gaspésia. Leur projet : moderniser l'usine - dont une partie des installations date des années 1960 - pour y produire du papier haut de gamme. De quoi fournir un emploi permanent à 230 personnes.

Pub.

Amorcés en 2002, les travaux ont été interrompus en janvier 2004 dans la plus vive controverse : dépassements de coûts de quelque 265 millions de dollars, gestion déficiente, conflits syndicaux sur le chantier. Le gouvernement a demandé à une commission d'enquête de faire la lumière sur ce fiasco. Le rapport de cette commission cerne bien l'impact des licenciements de 1999. «Ces pertes d'emplois, parmi les mieux rémunérés de la région, équivalent, selon des spécialistes, à 15 000 emplois perdus dans la région de Montréal», peut-on y lire.

Selon la commission, la fermeture de l'usine de Chandler a été le point culminant de vingt années de décroissance économique et de fermetures d'entreprises dans la municipalité régionale de comté (MRC) Rocher-Percé, qui, en 1999, était la plus pauvre du Québec.

Cette MRC a vu son taux de chômage passer de 36 % à 22,5 % pendant l'année 2000, essentiellement à cause de l'exode des travailleurs en recherche d'un nouvel emploi. Car en Gaspésie, le manufacturier bat de l'aile : l'industrie de la pêche s'est effondrée, celle de la forêt est actuellement en crise. Et les emplois dans les services n'attirent pas les travailleurs du manufacturier, habitués à des salaires plus élevés. Au deuxième trimestre de 2006, le taux de chômage en Gaspésie était estimé à 19,5 %.

En 2005 et 2006, des investisseurs ont manifesté leur intérêt à reprendre l'usine, mais sans engagements sérieux. Le 16 janvier dernier, le processus de vente des équipements de la Gaspésia a été amorcé.

Le «sous-développement durable» de Chandler, pour rependre l'expression de la commission d'enquête, est-il irréversible? «C'est encore difficile, déclare Marc Groleau, directeur régional, Emploi-Québec Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Les ex-employés font énormément de spéculation sur la réouverture de la Gaspésia», poursuit-il, même si les équipements sont à vendre. «Parallèlement, la Gaspésie a entrepris des démarches de diversification économique : transformation des produits forestiers, implantation de centres d'appels, éolien, exploration gazière et pétrolière. Le processus pour passer à un autre type d'économie est enclenché.»

Magnola : une brève histoire

Autre coin de pays mono-industriel, Asbestos et ses environs, en Estrie, carburent à la production minière depuis plus de 100 ans. En 2000, l'entreprise Noranda y inaugurait l'usine Métallurgie Magnola afin d'y faire l'extraction du magnésium à partir de résidus d'amiante. Trois ans plus tard, c'est le choc. La faible valeur du magnésium sur les marchés met fin aux activités de l'usine; Magnola est cadenassée pour une durée indéfinie.

Triste coïncidence : aux 380 travailleurs licenciés, qui représentaient 5,6 % de la population active de la MRC des Sources, se sont ajoutées les 320 mises à pied de la mine Jeffrey (amiante chrysotile), qui a interrompu ses activités en avril 2003. Emploi-Québec a évalué à plus de 1 200 le nombre d'emplois compromis par ces fermetures, incluant les postes perdus chez leurs fournisseurs et sous-traitants.

Seulement 53 % des ex-employés de Magnola se sont inscrits au comité de reclassement. «La majorité étaient venus de l'extérieur de la région pour travailler à cette usine. Ils ont dû repartir», souligne Jean Martel, psychologue industriel chez Raymond Chabot Grant Thornton, chargé du comité de reclassement. «La formation qu'ils avaient avant Magnola et celle acquise alors qu'ils y travaillaient leur a permis de se trouver des emplois similaires, ajoute-t-il. Mais pas dans la région.»

«La plupart de ces travailleurs, qui étaient tous qualifiés, ont probablement trouvé un emploi ailleurs au Québec, confirme Gilles Lecours, économiste régional d'Emploi-Québec. C'est l'économie régionale qui a le plus souffert.» La perte de 800 postes (Magnola et ses sous-traitants) représentait 37,4 % des emplois du secteur de la fabrication et de la construction dans cette MRC.


guide de survie


Faites-vous des heures supplémentaires non payées?








Résultats



Québec

45,9 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

NOS AIGUILLEURS