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Dossiers chauds

Sévices cachés (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 5 Mai 2007

Cadres dans le décor

Harceler un employé jusqu’à ce qu’il démissionne est une pratique malheureusement courante. Depuis 2004, la Loi sur les normes du travail interdit le harcèlement psychologique, mais le nombre de plaintes à la Commission des normes du travail – 2 687 reçues en 2005-2006 – démontre que le problème existe.

En s’aliénant sa main-d’œuvre, une entreprise risque de voir sa productivité chuter.

Julia (nom fictif) a été cadre pour la même entreprise pendant quelque 30 ans. Bonnes évaluations, réputation béton. Il y a deux ans, de nouveaux supérieurs ont manifesté une attitude désagréable à son égard. Ils ne reconnaissaient pas son travail, ne la convoquaient plus aux réunions, l’écartaient lors d’événements, lui adressaient des propos hostiles. Julia a porté plainte aux Ressources humaines, tel que conseillé dans la politique de l’entreprise.

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«À partir de ce moment, je suis devenue une ennemie pour l’entreprise, confie- t-elle. Le poste que j’occupais a été aboli et on m’a offert un emploi que je ne pouvais pas accepter parce qu’il n’était pas équivalent à celui que j’occupais.» Payée à ne rien faire, Julia rongeait son frein à la maison. «Ils ne pouvaient pas me congédier parce que j’avais demandé une enquête pour harcèlement psychologique à l’interne.»

Elle a ensuite déposé une plainte à la Commission des normes du travail, exigeant une réintégration dans un poste équivalent. Au moment d’écrire ces lignes, le dossier suivait son cours.

De durs lendemains

Il n’existe pas d’études exhaustives permettant de savoir si les congédiements brutaux sont plus fréquents aujourd’hui. Les études de cas et récits individuels abondent, «mais ils ne permettent pas de généraliser à certains secteurs ou de savoir si c’est un phénomène plus ou moins répandu», dit Angelo Soares, professeur de gestion des ressources humaines à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Dalia Gesualdi-Fecteau se dit également incapable de discerner quelque tendance que ce soit. «Selon les dossiers que j’ai pu étudier, mon impression est qu’il n’y a pas de différences marquées entre les hommes et les femmes, ni entre des secteurs comme la restauration et le manufacturier, par exemple. Il peut y avoir des problèmes de relations de travail un peu partout.»

Depuis qu’elle a perdu son poste, Julia se sent mal dans sa peau. «Traverser une épreuve comme celle-là est très difficile. Jamais je n’aurais pensé vivre ça. J’ai demandé un règlement raisonnable, mais on ne me l’a pas accordé. Et maintenant, je ne sais pas ce qui m’attend.»

«Évidemment, c’est un bouleversement dans la vie de la personne congédiée, mais il ne faut pas oublier l’impact sur les collègues qui restent, souligne Angelo Soares. Ils n’auront plus le même rapport avec l’entreprise après avoir vu quelqu’un se faire maltraiter. Ils vont se demander : “Qui peut m’assurer que je ne serai jamais traité de la même manière? Pourquoi devrais-je travailler si fort pour cet employeur?” Cette situation est malsaine pour tout le monde, y compris pour l’organisation.»

En s’aliénant sa main-d’œuvre, une entreprise risque donc de voir sa productivité chuter. Et pour freiner l’hémorragie financière, elle sera tentée de licencier de nouveau… En matière de gestion de personnel, on a vu mieux!


Des employeurs l’ont fait...

• Signifier sèchement un congédiement, par courriel ou par téléphone. Aux États-Unis, RadioShack a licencié 400 employés de son siège social en août dernier; un courriel laconique les avisait que leur emploi était éliminé. Ceux qui avaient des questions ont pu s’exprimer... sur l’intranet de l’entreprise.

• Propager des rumeurs pour déstabiliser les troupes avant de confirmer une mauvaise nouvelle. CNN a relevé le cas d’une entreprise américaine qui a délibérément laissé traîner dans un photocopieur un document présentant le nouvel organigramme de l’organisation. Puis, elle a finalement remercié des employés, en conformité avec la nouvelle structure de gestion.

• CNN rapporte aussi qu’une entreprise américaine a distribué des cartons de couleurs à ses employés rassemblés dans un auditorium. Ceux qui avaient la mauvaise couleur ont été escortés vers la sortie, pour de bon.

• Mettre un employé en état de choc en le conviant sans préavis à une réunion intimidante pendant laquelle il reçoit une tonne de reproches. Ensuite lui faire signer une lettre de démission sur place.

• Augmenter la cadence et la charge de travail pour mettre un salarié en situation de commettre des erreurs. Pour augmenter le stress, un supérieur note minutieusement toutes ses fautes, puis le congédie. Si le salarié porte plainte, il parviendra difficilement à réfuter le dossier monté par l’entreprise.

• Organiser une séance d’autocritique digne des régimes communistes : dans un séminaire sur la «qualité totale» ou la «poursuite de l’excellence», demander aux salariés d’écrire les erreurs techniques qu’ils ont pu commettre. Les confessions des plus zélés entraîneront des congédiements. (J.-S. M.)

(Sources : Au bas de l’échelle, CNNMoney.com, Commission des normes du travail, L’entreprise barbare [Éditions Albin Michel, 1999], The New York Times.)


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