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Dossiers chauds

Qui perd gagne (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 6 Juin 2007

Q › Les actionnaires sont-ils à blâmer pour la vente de certaines de nos meilleures entreprises?
R › Certaines directions d’entreprise choisissent délibérément de se mettre en vente. Parce qu’elles arrivent à la conclusion que parmi les options possibles pour donner de la valeur à l’entreprise, aucune ne semble suffisamment intéressante. On passe alors les problèmes à quelqu’un d’autre. C’est ce qui s’est produit avec Van Houtte et Intrawest (le propriétaire de Station Mont-Tremblant) qui n’arrivaient plus à attirer assez d’attention pour augmenter leur valeur en Bourse. Sous les pressions des actionnaires, elles ont vendu au plus offrant. Qui sont ces actionnaires? Des méchants capitalistes de Wall Street? Pas du tout. Ce sont notamment les grands fonds de placement dans lesquels vous avez vos REER et la Caisse de dépôt!

Q › Et pourquoi une entreprise en achète-t-elle une autre?
R › D’abord, pour l’argent. On évalue que cette entreprise coûte moins cher à acheter présentement que plus tard, lors de sa vente éventuelle. Ensuite, c’est parce que c’est du tout cuit : cette entreprise donne accès à des compétences, des marchés, des clients et des produits qui coûteraient infiniment plus cher s’il fallait les développer soi-même.

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Q › C’est ce qu’a cru pouvoir faire Jean Coutu aux États-Unis avec l’achat de la chaîne de pharmacies Eckerd, qui s’est soldé par un échec, soit la revente avec une perte sèche…
R › Vous avez raison. Mais pour les entreprises, une acquisition, c’est comme le baseball. Un seul grand chelem suffit à effacer tous les retraits sur trois prises. Car quand une acquisition fonctionne, c’est extrêmement rentable.

Q › Les Québécois sont-ils mal placés pour jouer les vierges offensées alors que Couche-Tard achète à plein aux États-Unis, que le Cirque du Soleil prend le contrôle de Las Vegas ou que Garda est devenu un chef de file mondial de la sécurité en achetant des concurrents étrangers?
R › Il est difficile de comparer telle ou telle acquisition par une entreprise québécoise à celles de Domtar ou d’Abitibi-Consol, par exemple. Il faut plutôt analyser le phénomène dans son ensemble. Le Québec profite grandement de la mondialisation. Notre croissance économique dépend de l’expansion de nos entreprises à l’étranger, et parfois, cela passe par l’acquisition d’une de nos entreprises par des étrangers, parfois par l’achat d’une entreprise étrangère par une québécoise.

Q › Est-ce qu’il y a une entreprise québécoise qui, selon vous, ne devrait jamais être vendue à des intérêts étrangers?
R › Bombardier! Le Québec perdrait une partie de son âme si elle était vendue. Ce serait comme échanger Maurice Richard! On peut blâmer Bombardier pour bien des choses, mais globalement, c’est une réussite collective formidable.

Le Québec perdrait une partie de son âme si Bombardier était vendue. Ce serait comme échanger Maurice richard!

Q › Et la vente du Canadien de Montréal, ça vous dit quoi?
R › Il faut admirer son propriétaire américain, George Gillet, qui est le seul à s’être pointé pour acheter le club. Aucun Québécois n’a pris ce risque. Aujourd’hui, avec une cote d’amour et des revenus records, c’est toute une réussite sur le plan commercial. Plutôt que de craindre les prises de contrôle étrangères, comme cela a été le cas avec le Canadien, les Québécois devraient avoir davantage le goût du risque.


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