Dossiers chauds
Sexe inc.

Dessous intimes

Le Québec a la cuisse légère. L’industrie du sexe y prospérait déjà il y a 100 ans, alors que les nombreux bordels du Red Light montréalais titillaient l’Amérique. Aujourd’hui, agences d’escortes, salons de massages, sex shops, sites Internet et contenus pornos prolifèrent et assurent le gagne-pain de milliers de personnes, nues ou vêtues! Regards sous la jupe d’une industrie qui choque, qui étonne, qui détonne.

Recherche et rédaction : Marie-Hélène Proulx
Aide à la recherche : Jean-Sébastien Marsan
Coordination : Éric Grenier
Photos : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 6 Juin 2007


À la recherche d’idées pour attirer les tournages hollywoodiens à Montréal, la présidente de l’Association des producteurs de films et de télévision du Québec, Claire Samson, y est allée d’une suggestion pour le moins surprenante lors d’une table ronde sur la question, il y a quelques années. «Il faut agrandir le bar de danseuses Chez Parée. Cet endroit est connu internationalement et attire énormément d’étrangers à Montréal.»

Lancée en boutade, cette réflexion, rapportée par l’animateur de l’événement, Richard Martineau, illustre une réalité : le cul, au Québec, ça vend! L’an dernier, même le Casino de Montréal a joué la carte peu subtile du sexe pour attirer les riches yuppies de la côte est américaine dans une campagne publicitaire. «Nice pair», y lançait à un joueur une langoureuse demoiselle à la poitrine pour le moins… prospère!

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Est-ce à dire qu’après l’eau et la forêt, les charmes féminins seraient la plus importante ressource naturelle du Québec?

Toutefois, bien malin qui peut dire combien rapporte l’industrie du sexe ici et au Canada. Ou combien de gens y gagnent leur vie. «On nage dans l’obscurité totale, tant en ce qui a trait à la vente de gadgets érotiques qu’à la porno et à la prostitution», constate Richard Poulin, professeur au Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université d’Ottawa et auteur de La mondialisation des industries du sexe. Prostitution, pornographie, traite des femmes et des enfants (L’Interligne, 2005).

Vérification faite auprès des spécialistes de la statistique : zéro donnée. «Une partie des activités de l’industrie étant illégale, il est difficile de mener une enquête sur elle, explique Peter Frayne, chef des relations avec les médias à Statistique Canada. Selon nous, elle participe à l’économie souterraine, comme le trafic des stupéfiants; cette économie représentait à peine 1 % du PIB canadien en 1994.»

Richard Poulin a calculé que sur le plan mondial, la prostitution à elle seule générait 1 000 milliards de dollars US par année, soit l’équivalent du produit intérieur brut du Canada! Le marché de la pornographie fait aussi sonner la caisse : dans le monde, il rapporte 87 milliards de dollars CA par an, suffisamment pour faire fonctionner le réseau de la santé du Québec pendant quatre ans.

Sex boum

Malgré un manque de données officielles, spécialistes et travailleurs du milieu s’entendent pour dire que l’industrie du sexe explose au Québec depuis les années 1990, comme dans le reste de l’Occident.

Films 3X et vidéos érotiques sur le Web connaissent un essor appréciable grâce à l’expertise technologique accessible à Montréal. «Au Québec, un vedettariat est même en train de naître chez les acteurs pornos», mentionne Pascale Robitaille. Cette sexologue a donné en 2005 des cours sur la prévention des MTS à Porn Star Académie – un pastiche impudique de Star Académie présenté sur le Web, où Français et Québécois apprennent les rudiments du métier d’acteur porno.

La figure la plus célèbre de cette industrie est sans doute la Montréalaise Lanny Barbie, première actrice porno québécoise à être choisie «Penthouse Pet» en juin 2003, dans le magazine du même nom. Sur son site, elle affirme que les Québécoises sont les filles les plus cochonnes du monde; leur absence naturelle d’inhibitions ferait d’elles les meilleures pornstars

Cela dit, l’industrie de la porno québécoise – films, magazines et vidéos sur le Web – est un poids plume en comparaison de celles des États-Unis et de l’Europe. Selon Yolande Geadah, féministe et auteure de l’essai La prostitution, un métier comme un autre? (VLB éditeur, 2003), près de 80 % du contenu pornographique mondial serait produit chez nos voisins du Sud. «À Montréal, il y a seulement deux ou trois gros producteurs, dont Érobec, et quelques indépendants, affirme David Blum, président de la boîte de production de contenus 3X Montreal Studio Multimedia. On a plus tendance à s’entraider qu’à se nuire.»

Outre le marché de la porno, salons de massages érotiques et agences d’escortes se multiplient. À Montréal surtout, car là convergent les consommateurs potentiels – touristes et gens d’affaires friqués. Depuis dix ans, beaucoup de nouveaux joueurs tentent de faire leur marque, si bien que la concurrence est vive.

«C’est la jungle! s’exclame Johanna, gérante de l’agence V.I.P. Escortes. Juste dans la métropole, il y a de 150 à 200 agences.» Cette concentration entraîne même à l’occasion des pénuries de main-d’œuvre! Quant aux salons de massages, leur nombre aurait doublé depuis cinq ans à Montréal, estime une propriétaire de salon qui souhaite rester anonyme.


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Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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