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Dossiers chauds
La trappe du BS

Pris au piège

Au Québec, le tiers des bénéficiaires de l’aide sociale, soit près de 150 000 personnes, sont des adultes en santé, que l’État estime capables de travailler. Des paresseux, des fraudeurs? Parfois. Mais surtout des malchanceux et des «poqués», dont la moitié vivent de l’aide sociale pendant au moins huit ans. Des exclus de l’emploi que le gouvernement a du mal à rescaper, malgré mille et une initiatives qui coûtent un bras aux contribuables. Seraient-ils pris au piège?

Par Marie-Hélène Proulx
Coordination : Éric Grenier et Annick Poitras
Photos : Nathalie St-Pierre


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 7 Août 2007


Comme bien des payeurs d’impôts qui s’esquintent au boulot, il fut un temps où Jacques Brochu, 46 ans, ne portait pas les «BS» dans son cœur. «À mes yeux, c’était des parasites vivant aux crochets des autres…»

Jusqu’à ce qu’en janvier 2001, un accident de travail chamboule la vie de cet ex-messager à vélo. Alors travailleur autonome, il n’a pu être indemnisé ni par la CSST ni par l’assurance-emploi. «J’avais tellement honte à l’idée de devenir prestataire que j’ai résisté sans revenu pendant six mois. Mais après avoir tout perdu, y compris mon logement, je n’avais plus le choix.»

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Aujourd’hui, après avoir passé quatre ans à l’aide sociale, la perception de Jacques a bien changé. À tel point que, désormais, à titre de coordonnateur de l’Association de défense des droits sociaux du Montréal métropolitain (ADDS-MM), il consacre sa nouvelle carrière à ceux qu’il méprisait jadis.

Selon lui, il faut chercher longtemps avant de mettre la main sur un Bougon parmi les 148 700 assistés sociaux sans contraintes à l’emploi. L’aide sociale est davantage un repère de miséreux et d’infortunés que de petits escrocs de ruelle : le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS) recense à peine de 50 à 75 cas de fraudes annuellement.

Il n’y aurait guère plus de fainéants, disent les spécialistes interviewés. «Je sais bien que les gens pensent que nous sommes des profiteurs, dit Marie-Claude, une assistée sociale monoparentale de 39 ans qui habite dans Lanaudière. Si seulement ils connaissaient mieux notre réalité!»

«Déjà, au bout d’un an, la probabilité qu’un prestataire se trouve du travail et abandonne l’aide sociale s’amenuise.»
— Bernard Fortin, Université Laval

En effet, bien des contribuables s’expliquent mal que près de 150 000 personnes sans contraintes à l’emploi reçoivent un chèque d’aide sociale – une facture qui s’élèvera à environ 879,5 millions de dollars en 2007 –, dans un contexte où plusieurs entreprises québécoises cherchent des bras… Environ 680 000 postes seront à pourvoir d’ici à 2010 à travers la province, selon Emploi-Québec. «Il faut toutefois comprendre que 80 % de ces prestataires éprouvent des difficultés qui compliquent à divers degrés leur intégration au travail, et ce, même si aucun handicap physique ou mental grave ne les empêche de mener une vie active», explique Claude Morin, responsable des relations médias au MESS.

Cela dit, en dépit des obstacles que ces «sans contraintes» rencontrent sur le marché de l’emploi, la moitié d’entre eux ne seraient que de passage à l’aide sociale, estime Guy Lacroix, professeur au Département d’économique de l’Université Laval. «Il y a beaucoup de mouvement dans ce groupe; les visages changent rapidement.» Parmi eux, des travailleurs qui filent un mauvais coton, mais qui finiront par retomber sur leurs pattes; des diplômés de l’école professionnelle, du cégep ou de l’université qui ont du mal à trouver un emploi. «Ces jeunes quittent l’aide sociale au bout de sept à huit mois, maximum», soutient le chercheur.

Mais l’autre moitié des assistés sociaux sans contraintes au travail s’embarque pour un périple d’au moins huit ans au pays du «BS», selon les calculs de Guy Lacroix. «En période de prospérité économique, comme en ce moment, le nombre d’assistés sociaux diminue, mais une bonne partie de ceux qui restent forme un noyau dur.» En somme, ce sont des gens que les employeurs refusent d’embaucher, pénurie de main-d’œuvre ou pas!

«Déjà, au bout d’un an, la probabilité qu’un prestataire se trouve du travail et abandonne l’aide sociale s’amenuise, remarque Bernard Fortin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie des politiques sociales et des ressources humaines à l’Université Laval. Son expérience professionnelle se déprécie, son absence du marché du travail laisse un trou dans son CV, et le découragement le gagne.»

S’installe alors une lassitude si profonde que certains assistés sociaux en perdent leur dignité. «Au bout de deux ou trois ans, les gens ne se lèvent plus le matin, restent en pyjama toute la journée, cessent de se raser et de se laver», remarque Robert Cadotte, psychologue et directeur du Centre de formation sur l’enseignement en milieux défavorisés à l’UQAM. «En fait, ils n’ont plus d’espoir.»


Un prestataire d’aide sociale a le droit de posséder une voiture d’une valeur de moins de 10 000 dollars, et une maison d’au maximum 90 000 dollars, sans que sa prestation soit amputée.


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Résultats



Québec

45,9 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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