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Dossiers chauds

Pris au piège (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 7 Août 2007

Clients pas contents

Malgré tout, certains prestataires sont insatisfaits de ces programmes. «L’objectif des agents du ministère est de nous débarquer au plus vite de l’aide sociale, soutient Jean-Paul Séguin, un ex-gestionnaire immobilier de 62 ans qu’une grave dépression a conduit à l’aide sociale, en 1995. Pour ce faire, ils nous proposent toutes sortes de mesures de formation ou d’expériences en entreprise qui n’ont rien à voir avec notre expertise initiale.»

Selon lui, les 2 200 agents d’employabilité qui travaillent dans les 154 centres locaux d’emploi (CLE) de la province devraient jouer le rôle de conseillers d’orientation. «À la place, ils nous dirigent vers des tableaux d’offres d’emploi où des entreprises nous proposent de nettoyer des cales de bateau ou de cueillir des pommes!»

Quant à Suzanne, elle déplore l’absence de programmes d’employabilité pour les plus de 30 ans. «J’ai l’impression qu’au ministère, tout est pensé en fonction des jeunes. À 53 ans, je ne cadre plus avec leur clientèle cible. On nous laisse tomber.»

«Les agents sont débordés, observe l’économiste Pierre Fortin. Ils n’ont pas le temps d’offrir un soutien durable aux prestataires, souvent aux prises avec de sérieux problèmes personnels.» Jacques Brochu, coordonnateur de l’ADDS-MM, constate que certains CLE gèrent 450 dossiers de prestataires en même temps. «Pas étonnant que certains agents tournent les coins ronds!»

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Dommage, croit Pierre Fortin. Car pour remettre au travail les prestataires abonnés au «BS», le soutien de la part de leur réseau social est essentiel. «C’est pourquoi j’estime que le ministère devrait augmenter le nombre d’agents d’aide, afin qu’ils aient le temps de bâtir une relation plus humaine avec les assistés, en les voyant plus souvent, par exemple.»

Mais cette solution n’est pas au programme du gouvernement : «Le ministère estime qu’il dispose des ressources suffisantes pour répondre de façon optimale aux besoins des prestataires», dit Joël Bélanger, conseiller expert en communication au MESS. Par ailleurs, les prestataires insatisfaits des services reçus peuvent adresser leurs doléances au Bureau des renseignements et des plaintes du MESS.

La carotte et le bâton

De son côté, l’économiste Bernard Fortin est contre le suivi personnalisé par les agents. «C’est coûteux pour la société et, à mon avis, l’effet sur les prestataires est négligeable.» La solution qu’il privilégie : encourager la scolarisation, une lutte d’autant plus pressante à l’heure où un jeune sur quatre décroche de l’école secondaire (données de 2003-2004 fournies à l’Institut de la Statistique du Québec par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport). «Être qualifié permet d’espérer un meilleur salaire, ce qui incite les gens à sortir de l’aide sociale.»

De l’avis des spécialistes, la «prime au travail» est aussi une bonne initiative. Cette mesure du MESS, instaurée en 2005, offre un crédit d’impôt aux petits salariés afin de les inciter à travailler et rend aussi le marché de l’emploi plus attrayant pour les assistés sociaux. Les montants offerts par l’État ne sont pas encore assez généreux pour faire une différence remarquable dans le compte de banque des personnes qui en bénéficient, mais c’est un pas dans la bonne direction, estime Bernard Fortin.

D’autres pensent qu’il faudrait serrer davantage la vis aux prestataires aptes à l’emploi. Depuis deux ans, ces derniers ne sont plus pénalisés financièrement s’ils refusent de participer à des mesures de retour aux études ou au travail. Une mauvaise idée, selon Norma Kozhaya, de l’Institut économique de Montréal. «Sans incitatifs, l’humain a tendance à suivre le chemin le plus facile. Ce n’est pas que l’aide sociale offre une belle vie, loin de là! Mais cet état devient une habitude. En somme, mieux vaut apprendre à quelqu’un à pêcher que de lui donner du poisson!»

Guy Lacroix est d’accord. «Même les pays soi-disant très progressistes, comme le Danemark, la Suède et la Finlande, ont adopté le workfare – une politique visant à forcer les assistés sociaux et les chômeurs à accepter les mesures d’employabilité offertes. Malheureusement, le Québec est trop mou pour faire ça. Pourtant, est-ce leur rendre service que de les maintenir dans la dépendance?»

Certains pensent qu’il vaudrait mieux limiter le recours à l’aide sociale à quelques années dans la vie d’un individu, comme cela se fait aux États-Unis et en Colombie-Britannique.

Mais c’est aller trop loin, juge Pierre Fortin. «Qu’adviendra-t-il des prestataires une fois qu’ils auront épuisé les années d’aide sociale auxquelles ils ont droit? Leur problème à intégrer le marché du travail ne sera pas réglé pour autant. On va les retrouver couchés dans la rue. Il y en a bien assez comme ça aux abords du métro Berri-UQAM!»


En avril 2007, au Québec, 7,6 % de la population de 0 à 64 ans bénéficiaient de l’aide sociale. En 1996, ce taux a grimpé jusqu’à 12,7 %, un record. À l’époque, 813 000 personnes étaient prestataires de l’aide sociale.


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