Depuis que la Toile est vraiment multimédia, les images se baladent à haute vitesse. Souvent insoupçonnés, les effets secondaires de ces échanges d’albums de photos et de p’tites vues peuvent être dévastateurs.

Neuf cent millions. Plus ou moins deux ou trois, faut pas chipoter. C’est le nombre de fois que des internautes ont visionné le clip de Star Wars Kid, probablement le Québécois le plus connu dans le monde après Céline Dion.
Cette vidéo apparue en 2003 mettait en scène un garçon de 15 ans qui, avec un bâton de golf en guise d’épée laser, imitait vaguement une vedette de la célèbre série dans une chorégraphie qui n’avait rien pour passer à l’histoire. Pour des raisons encore aujourd’hui inexplicables, les internautes de la planète se sont entichés du clip et de sa vedette involontaire.
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Star Wars Kid en est sorti passablement amoché, subissant partout où il passait des commentaires désobligeants et blessants. Diagnostic de dépression, changement d’école, poursuite contre ses camarades de classe qui avaient mis la vidéo en ligne à son insu. Une poursuite réglée hors cour, en 2006. Le jeune homme ne souhaite plus qu’une chose : retomber dans l’anonymat.
Pour respecter la volonté de son client, son avocat, Me François Vigeant, ne commentera pas cette histoire. Il juge cependant que les lois ne sont pas adéquates : «Le droit civil n’est pas du tout adapté aux réalités d’Internet. Vous pouvez bien demander au monde de fermer des sites ou des serveurs ou n’importe quoi, ça ne change rien : une fois que le génie est sorti de la bouteille, il est trop tard!»
Ça explique peut-être pourquoi les histoires de diffusion d’images sans le consentement des personnes visées sont légion. À l’École secondaire Mont-Bleu, à Gatineau, des élèves ont filmé un de leurs professeurs après l’avoir fait sortir de ses gonds et ont diffusé le clip dans YouTube : bouleversé, le professeur est tombé en arrêt de travail. L’actrice Lucie Laurier a eu la désagréable surprise de découvrir dans YouTube un clip qui faisait des gros plans sur un sein baladeur, capté clandestinement au cours d’une entrevue réalisée par MusiquePlus et mis en ligne à l’insu des principaux intéressés. Le coupable n’a jamais été identifié.
Dans le cadre de sa pratique, Me Vigeant a vu plusieurs cas de jeunes filles dont l’ex-petit ami, frustré, avait diffusé des photos compromettantes sur la Toile. Des causes à peu près perdues d’avance, selon l’avocat : «Que faire? Poursuivre un jeune de 17 ans qui n’a pas un sou, qui n’est pas couvert par une police d’assurance? Pour ensuite vous retrouver dans une situation où la cause sera publiée, tandis qu’au palais de justice tout le monde va voir les photos?»
À Montréal, tant le service de police que la Fraternité des policiers considèrent les sites de partage de contenus comme une nouvelle forme de harcèlement contre les policiers. Le service de police compte même porter des accusations contre les auteurs de vidéos mettant en scène des policiers en plein travail.
Les journalistes de la télévision peuvent aussi ressentir les effets YouTube; l’ancienne journaliste de la CBC Christina Lawand peut en témoigner. À l’été 2006, elle a subi une attaque en règle de la part d’un groupe de blogueurs conservateurs, qui ont diffusé dans YouTube une vidéo qui, selon eux, contredisait un de ses reportages. «Ils me reprochaient d’avoir cité le premier ministre hors contexte, mais les extraits qu’ils ont choisi de mettre en ligne étaient isolés. Ils ont fait exactement ce qu’ils m’ont reproché. C’était une énorme campagne d’intimidation.» Bien appuyée par ses supérieurs immédiats, elle a encaissé le choc, même si ce genre d’expérience laisse des traces. «On m’a accusée d’être menteuse, d’être une journaliste de la pire espèce.»
Il n’y a pas que les autres pour nous nuire sur la Toile. Frédérik est à l’origine de ses propres déboires. Pour s’amuser, il a réalisé une vidéo mettant en vedette ses collègues en plein travail. «Je voulais montrer la vidéo à quelques personnes et comme ce n’était pas possible de l’envoyer par courriel, je l’ai mise dans YouTube. J’ai oublié de l’enlever, mes patrons s’en sont rendu compte, et j’ai été congédié.» Sans compter les menaces de poursuites, qui n’ont toutefois pas eu de suites.
Mais la diffusion à grande échelle ne nuit pas toujours. Rhain Davis, un gamin australien de neuf ans, a vu sa vie et celle de sa famille bouleversées à la suite de la diffusion d’un clip qui mettait en valeur ses talents de joueur de soccer, franchement impressionnants. Des dirigeants du prestigieux club anglais Manchester United ont fait déménager le jeune joueur, avec sa famille, et l’ont ainsi placé sous son aile afin de suivre son développement.