«C’était chouette hier soir», «lol», «j’étais vraiment saoul», «calvaire, je n’endure plus mon boss». Sur MySpace ou autres Facebook, des millions d’internautes partagent leur quotidien. Une grande conversation de salon à laquelle tout le monde est invité. Même ses patrons…

Les communautés virtuelles bourgeonnent aux quatre coins du Web. Soixante millions d’internautes se décrivent, exposent leurs photos personnelles et clavardent avec leurs amis dans MySpace, le plus grand site de réseautage social du monde. Tout près, Facebook rassemble 30 millions de membres, dont 180 000 à Montréal seulement. Une fois leur profil établi, ils peuvent y retracer amis, collègues de travail et anciens camarades de classe.
Ces communautés sont particulièrement populaires auprès des adolescents et des jeunes adultes, qui sont friands de technologies et dont «l’une des principales préoccupations est de s’afficher, de se faire connaître et d’avoir un réseau d’amis», explique André Caron, directeur du CITÉ à l’Université de Montréal. Cette quête de popularité, doublée du fait que les jeunes sont téméraires et se dévoilent donc facilement, peut faire en sorte qu’ils «vont parfois trop loin», croit le professeur.
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Or, cette transparence et ces discussions publiques peuvent leur causer des problèmes au travail ou dans leur recherche d’emploi, continue André Caron. «Mais dès 25 ou 30 ans, les gens sont déjà plus conservateurs et font généralement plus attention au contenu de leur page personnelle», précise-t-il. Ils sont conscients des répercussions possibles sur leur réputation et donc, sur leur carrière.
Une dizaine d’employés de la chaîne d’alimentation ontarienne Farm Boy l’ont appris à leurs dépens. En novembre dernier, des succursales Farm Boy à Ottawa les ont congédiés pour avoir participé à un forum dans Facebook, qui réunissait des employés et des anciens employés de la chaîne. Ceux-ci auraient méchamment attaqué des collègues dans le groupe de discussion. L’un d’entre eux, un jeune homme préférant ne pas commenter ce dossier – pas plus que les dirigeants de Farm Boy – affirme avoir appris sa leçon : il fait plus attention à ce qu’il écrit dans le Web depuis et ne parle pas de son nouvel emploi.
«S’il n’aime pas l’information qu’il trouve dans le Net, un patron a le droit de congédier un employé, dans la mesure où la cause est raisonnable», précise-t-il. Il y va de l’image de la compagnie, s’entendent les spécialistes. Une description peu élogieuse du lieu de travail ou une photo embarrassante d’un employé peut assombrir la réputation d’une entreprise et justifier un renvoi, tout comme la publication dans une page personnelle de renseignements confidentiels liés à un emploi.
Un employeur peut également refuser d’engager un candidat en raison de l’information trouvée en ligne sur cette personne – que cette dernière l’ait diffusée volontairement ou pas –, tant que ce n’est pas de la discrimination à l’embauche. «Les gens sont tout de même protégés par la Charte des droits et libertés de la personne», rappelle Marie-Christine Dufour, avocate spécialisée en droit du travail au cabinet Grondin, Poudrier, Bernier.
«Les gens n’ont pas conscience de l’impact du contenu de ces pages personnelles! Ils s’y montrent d’une façon non professionnelle, affichent des photos prises pendant des partys; certains écrivent même de l’information confidentielle sur leurs anciens emplois», se désole Peter Cunningham, directeur pour le Royaume-Uni de Viadeo.
Selon lui, étant donné la popularité croissante de ces communautés virtuelles, il est évident qu’elles seront de plus en plus scrutées par les entreprises qui voudront mieux connaître leurs employés et les candidats à l’embauche.
Heureusement, il est peut-être encore temps de nettoyer son image virtuelle. Pour l’instant, la vingtaine d’employeurs québécois consultés par le Magazine Jobboom dans le cadre de ce reportage ne semblent pas s’adonner à de telles pratiques, souvent par manque de temps ou pour n’y avoir tout simplement jamais pensé!
«On ne le fait pas à l’heure actuelle», confirme par exemple André Chapleau, directeur de l’information et des relations de presse au Mouvement des caisses Desjardins. Ni pour les employés ni pour les candidats. «Mais il faut reconnaître que ça mérite réflexion.»
Le son de cloche est différent chez certains chasseurs de têtes, qui ont une longueur d’avance. «Je me sers beaucoup du Web dans mon travail. Chaque détail à propos des candidats est important», dit Marko Boyer, de la société Courtech, à Montréal. «MySpace, Facebook, LinkedIn sont des outils que j’utilise tous les jours», renchérit de son côté Daniel Paradis, recruteur chez GFI Solutions, une boîte de services-conseils de TI, à Montréal. «Ça donne une autre vision d’un candidat, qui n’est pas forcément présente dans le curriculum vitæ.»
Pour éviter de se mettre dans l’embarras, vaut-il mieux «se suicider» virtuellement et éviter d’être présent dans ces communautés? Pas forcément. «Ces sites peuvent également être un outil efficace si on sait s’y mettre en valeur, précise Daniel Paradis. La plupart du temps, le candidat semble intéressant et professionnel dans le Net, et ça me conforte dans mon choix. C’est une arme à double tranchant.»