Mais qui est donc l’amant de Macha Limonchik? L’automne dernier, cette question brûlait les lèvres des téléspectateurs de la série Tout sur moi. Une travailleuse du milieu de la télévision a assouvi leur curiosité en révélant l’identité de l’amoureux mystère dans son blogue personnel. Les internautes ont apprécié; son employeur, un peu moins…

«Sur le coup, ça a causé une commotion au bureau, se souvient la blogueuse, qui préfère garder l’anonymat. Mes patrons ont fouillé mon blogue de fond en comble à la recherche d’autres informations confidentielles liées à mon travail.» Heureusement pour elle, après des excuses à ses collègues et le retrait du post en question, le calme est revenu.
Pour cette étourderie momentanée, cette employée aurait pu être dooced, expression utilisée pour désigner un blogueur qui se fait virer par son employeur après avoir tenu certains propos dans son carnet en ligne. Le mot dooced provient du site Dooce.com, un blogue tenu par l’Américaine Heather B. Armstrong, qui s’est fait licencier en 2002 après y avoir relaté des anecdotes de bureau. Même si son entreprise, une start-up Internet californienne, n’a jamais été identifiée, ses anciens patrons n’ont pas apprécié.
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Heureux retour du balancier, cependant : la popularité ainsi acquise par cette blogueuse dans le Net lui permet maintenant de vivre de Dooce.com!
Les blogues sont des sites où des individus expriment leurs opinions sous forme de billets (ou posts), classés par ordre antéchronologique (le plus récent texte apparaît en premier). Selon une étude de l’organisme Pew Internet, 12 millions d’adultes américains bloguaient en 2006.
En plus des blogues personnels, tenus pour la plupart par des gens actifs sur le marché du travail, la blogosphère compte aussi des blogues professionnels, rédigés par des chefs d’entreprise ou des journalistes. Voilà bien des possibilités pour un employé de se mettre le pied dans la bouche et de s’attirer des bosses.
Pourtant, il n’existe pour le moment aucune donnée sur les employés dooced au Québec. À la Commission des relations de travail (CRT), organisme responsable de l’application du Code du travail, aucun cas semblable n’a été traité jusqu’à maintenant.
Par exemple, après avoir consulté le site personnel d’un postulant intéressant, il a finalement préféré offrir l’emploi à quelqu’un d’autre. «Il était peut-être qualifié pour l’emploi, mais le candidat était carrément raciste dans ses écrits», explique Daniel Paradis.
Si la CRT n’a pas encore traité de cas de renvoi de blogueurs, c’est aussi parce que ces derniers n’ont pas forcément intérêt à porter leur cause devant la Commission. Plus souvent qu’autrement, un employeur est dans son droit lorsqu’il décide de remercier un employé jugé un peu trop bavard.
«Les travailleurs ont des obligations de loyauté et de confidentialité envers leur employeur», explique Marie-Christine Dufour, avocate associée chez Grondin, Poudrier, Bernier. «Si un blogueur diffuse des renseignements confidentiels dans son blogue, s’il parle de son travail et que les informations permettent d’identifier l’employeur, celui-ci peut juger que le salarié manque à son devoir de loyauté.»
«C’était un petit blogue, précise le jeune homme de 26 ans devenu promoteur de spectacles. Je n’avais qu’une dizaine de visiteurs par jour, des amis pour la plupart.» De fil en aiguille, à sa grande surprise, son site a gagné en popularité et 15 000 internautes l’ont visité en moins de 3 mois.
Un coup de téléphone anonyme au siège social de l’entreprise a suffi pour mettre fin à la courte carrière de Trevor chez Kinko’s. «Ils m’ont même menacé de poursuite; ils étaient furieux! Depuis, je suis beaucoup plus prudent dans mes billets pour ne plus avoir de problème avec mon travail. J’ai appris par la manière dure.»
Pourtant, il a récemment affiché dans son blogue une photo de lui posant fièrement à côté de plants de pot… Comme quoi la prudence est une notion toute subjective.
Se protéger contre soi-même
• Assurez-vous d’abord que rien ne puisse déplaire à un patron ou à un employeur potentiel. Si vous parlez de votre travail, ce qui n’est pas recommandé, évitez au moins d’identifier l’entreprise.
• Effacez l’information compromettante que vous avez pu diffuser dans vos blogues ou profils personnels par le passé. «Malheureusement, ça ne résout pas complètement le problème puisque les renseignements divulgués sont toujours sauvegardés dans la mémoire cache des moteurs de recherche ou dans des sites comme Archive.org [NDLR : un site qui archive les pages Web depuis 1996]», prévient toutefois Peter Cunningham, de Viadeo. Pour un nettoyage en profondeur, vous pouvez aussi faire appel à des entreprises comme ReputationDefender.
• Vous tenez mordicus à mettre en ligne cette photo où vous fumez un joint? Les communautés virtuelles permettent différents degrés d’intimité de votre profil. Ajustez le tout pour que seuls vos «amis» virtuels puissent accéder à votre page et vous serez un peu plus en sécurité (mais ça dépend des amis!).
• Dans les blogues ou les réseaux sociaux, il ne faut pas non plus se laisser berner par un sentiment d’anonymat, même si on écrit sous un pseudonyme ou un avatar et qu’on ne publie pas de photo de soi. Catherine Sanderson, une Britannique résidant en France, l’a bien compris après s’être fait renvoyer en 2006 à cause de son blogue anonyme Petite anglaise, une sorte de Bridget Jones’s Diary pas compromettant pour deux sous, qui n’identifiait même pas son employeur… «On pense être anonyme, mais on peut facilement être dévoilé», se désole celle qui s’est fait dénoncer à son ancien patron par un collègue.
• «Ne mettez rien en ligne dont votre mère ne serait pas fière», résume finalement Peter Cunningham, de Viadeo. En utilisant les blogues et les communautés à votre avantage, en faisant valoir vos compétences et vos réalisations, vous pourrez vous démarquer d’autres candidats à l’embauche grâce à votre (seconde) vie en ligne et à votre image virtuelle.
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