Vous croyez que vos échanges de courriels au bureau font partie de votre jardin privé? Bienvenue dans la réalité, où tout ce que vous écrivez pourra être retenu contre vous.

Malgré leur aspect éphémère, les courriels constituent des preuves tangibles qui peuvent se retourner contre un travailleur.
Parlez-en à Bruno Marcoux. En 2002, ce jeune homme a perdu son emploi au sein d’une grande entreprise de communication montréalaise, qu’il ne souhaite pas nommer. Raison du renvoi invoquée : utilisation abusive de Hotmail et échange de courriels non professionnels durant les heures de travail. «J'avais l'habitude de commenter les tenues des autres employés avec un collègue, pour rigoler, à partir de mon courriel du travail. J’ignorais que le service informatique avait accès à tous nos messages.»
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Un jour, il est convoqué au bureau du patron. «En plus des courriels interceptés, celui-ci jugeait que je relevais mes messages dans Hotmail trop souvent. Ces informations avaient été vérifiées dans l’historique de mon ordinateur.»
Pour Françoise (nom fictif), cadre dans une boîte de communications, aucune ambiguïté n’était possible quant à sa culpabilité. «J’ai remplacé ma patronne plutôt chiante pendant son congé de maternité. À son retour, un collègue m’a fait suivre un courriel dans lequel elle commentait un dossier et suggérait des changements à apporter. J’ai répondu : “Ne t’inquiète pas, elle est conne de toute façon”. Sauf que plutôt que de l’envoyer à mon collègue, je lui avais fait parvenir à elle, par mégarde! Je m’en suis tirée avec une note à mon dossier disant que j’avais manqué de respect.»
Les employeurs ont le droit de congédier des employés si l’utilisation du courriel «cause préjudice à l’entreprise, moyennant de clairs avertissements», affirme Pierre Trudel, titulaire de la Chaire L.R. Wilson sur le droit des technologies de l'information et du commerce électronique à l’Université de Montréal. «Certaines entreprises ont des politiques très strictes à ce sujet, qui ont été cependant contestées [en cour], parfois avec succès, note-t-il. En principe, l’employeur peut sanctionner un employé qui utilise Internet de façon non conforme aux directives de l’entreprise ou qui l’utilise de façon incompatible avec les exigences de l’emploi.»
Plusieurs grandes entreprises ont des règles claires en ce sens, a constaté Jacques Viau, directeur de l’Institut de sécurité de l’information du Québec (ISIQ). C’est le cas notamment chez Bombardier, où les nouveaux employés doivent prendre connaissance des règles du réseau informatique et s’engager à les respecter. «Une surveillance des courriels est faite de façon aléatoire, dit Isabelle Rondeau, directrice des communications. Quand on remarque une activité inhabituelle, par exemple l’envoi de lourds fichiers, on vérifie s’il y a une utilisation abusive. Quand c’est le cas, on émet un premier avertissement.» Au troisième, l’employé peut se faire montrer la porte.
Hub International, une firme de courtage d’assurance de la métropole, a une politique similaire. Julie-Anne Ouimet, directrice des ressources humaines, précise que pour qu’il y ait vérification des courriels, l’employeur doit avoir de sérieux doutes sur l’utilisation qu’en fait un employé. «On essaie d’assurer un seuil raisonnable de confidentialité quant au contenu des courriels, mais on ne peut l’assurer à 100 %. Les données sont dans notre réseau et nous appartiennent.»
Selon un sondage réalisé en mars dernier par Léger Marketing pour le gouvernement du Québec, 57 % des entreprises ont déjà été victimes d'une attaque informatique. Plus de la moitié affirment faire des analyses régulières de leur réseau informatique.
«L’employeur a la responsabilité de son réseau, insiste Jacques Viau. La machine n’est pas à l’employé, c’est à lui. C’est bon qu’une politique d’utilisation mette des balises pour les employés. On ne parle plus de sécurité, mais de gestion de risques.» Par exemple, un employé qui utiliserait Internet à des fins personnelles et laisserait, par mégarde, pénétrer un intrus dans le système de l’entreprise pourrait causer de sérieux problèmes à son employeur.
Et il ne faut pas se leurrer : peu importe qu’ils soient envoyés du bureau ou de la maison, les messages salaces échangés avec votre nouvelle flamme ne sont pas si privés; tous les gestionnaires des serveurs par lesquels ils transitent ont accès à son contenu. «Un courriel, c’est comme une carte postale, illustre Jacques Viau. La carte passe par plusieurs centres de tri. Confie-t-on des secrets sur une carte postale? Non.»
De nouveaux logiciels comme Mail it Safe de la compagnie montréalaise Prospector Network, qu’utilise notamment le Barreau du Québec, permettent cependant d’assurer la confidentialité des missives virtuelles.
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