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Dossiers chauds

Nos quatre vérités (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 9 oct 2007

Q › Est-ce que notre marché du travail donne la chance aux immigrants de réussir et de s’épanouir?
R ›
C’est une question délicate. J’ai entendu beaucoup de témoignages de gens qui m’ont confié ne pas avoir trouvé l’ouverture envers les immigrants à laquelle ils s’attendaient. Certains crient au racisme et à la discrimination. Il peut arriver qu’un employeur ait des préjugés par rapport à une nationalité, à un groupe ethnique. Des cas ont été documentés. Mais ce n’est pas généralisé et pas pire qu’ailleurs. Je me demande aussi si ce n’est pas un réflexe «corporatif» propre au Québec. Nous avons des ordres professionnels forts et des syndicats puissants. Une organisation du travail serrée qui mène à des difficultés bureaucratiques qui font que les gens ne peuvent pas exercer leur profession. Une sorte de corporatisme selon lequel on ne veut pas des autres parce qu’ils pourraient ne pas être aussi bons que nous.

Q › Ce sont des réactions chauvines?
R ›
Oui, mais certainement pas racistes, ni xénophobes.

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Q › Est-ce que le travail et l’école forment la voie royale de l’intégration des immigrants?
R ›
Absolument! Après la crise économique de 2001 en Argentine, des centaines de professionnels argentins sont venus au Québec. À ceux que j’ai rencontrés, je conseillais de suivre une formation à l’université ou au cégep, peu importe. Et pas besoin de s’embarquer dans un doctorat de six ans! Ce qu’il leur fallait, c’est un diplôme québécois. En prime, ils gagnaient une immersion dans la langue et la culture, ce qu’ils n’auraient pas eu en restant à la maison. Ils développaient des liens, établissaient un réseau, comprennaient comment fonctionne la société. Ceux que j’ai connus et qui l’ont fait s’en sont admirablement bien sortis! C’est là qu’on voit que ce n’est pas si difficile de trouver un emploi de qualité au Québec. Ce n’est pas le nom étranger qui pose problème, mais des expériences étrangères. Vous avez un diplôme de l’université de Buenos Aires, une des meilleures en Amérique latine, mais qui le sait? Pour les employeurs québécois, c’est une université du fin fond du monde, dans un pays où il y a des crises économiques, des émeutes et des coups d’État. Alors…

La crise autour des accommodements raisonnables est nettement exagérée. Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire que, dans les bureaux, on ne sait plus quoi faire avec ces immigrants qui demandent toutes sortes d’accommodements.

Q › Les immigrants en région, est-ce une utopie?
R ›
C’est une utopie. Mais c’est un phénomène universel. Depuis plus de 200 ans, les immigrants s’établissent d’abord dans les grandes métropoles. Au début du XIXe siècle, quand les grands mouvements de migration vers les États-Unis ont commencé, ils se sont rassemblés à New York, pas au Vermont. Mais ce serait bien si l’immigration n’était pas qu’un truc montréalais! On ne serait pas pris avec ces débats un peu excessifs sur les accommodements raisonnables. Les immigrants vont là où les occasions économiques et les logements se trouvent. On ne peut demander à des gens qui ont fait l’effort de quitter leur pays d’être altruistes au point d’aller s’établir là où même les Québécois ne veulent pas vivre.

Q › Est-ce que les immigrants exigent beaucoup de la société québécoise?
R ›
La crise autour des accommodements raisonnables est nettement exagérée. Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire que, dans les bureaux, on ne sait plus quoi faire avec ces immigrants qui demandent toutes sortes d’accommodements. Cette crise est issue de quatre ou cinq malheureux événements. Si nous pouvions faire la statistique de toutes les rencontres interculturelles qui se produisent chaque année, on se rendrait compte qu’il s’agit de quatre ou cinq cas de dérapage sur des milliards de possibilités!

Q › Vous êtes arrivé en 1989. Quelques mois plus tard, on sombrait dans le psychodrame de l’Accord du lac Meech. Avez-vous regretté votre choix à ce moment-là?
R ›
Non, mais j’aurais aimé avoir un livre comme le mien! Je ne comprenais absolument rien à ce qui se passait. Il y avait aussi la crise d’Oka, une affaire d’autochtones et de trous de golf. Mon épouse et moi, on ne comprenait rien, mais nous avons senti que, contrairement à notre situation dans notre pays d’origine, nous allions pouvoir nous épanouir ici. Nous voyions des Québécois et des Canadiens en pleine crise nationale, demeurer malgré tout extrêmement pacifiques. J’ai vu alors une disposition naturelle à avoir des débats politiques sur des thèmes difficiles de façon civilisée. La discussion portait quand même sur des enjeux qui, ailleurs, ont mené à des guerres civiles et à des génocides. Ici, on se contente de débattre sur le sens des mots. C’est admirable!


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Québec

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Situation de l’emploi :
Défavorable

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