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Un représentant d’une maison funéraire reproche à un homme d’acheter un «cercueil de BS» pour son père décédé. Un autre souligne à son client que sa mère mériterait mieux que les funérailles modestes qu’il s’apprête à lui organiser. Après avoir terminé les arrangements pour l’incinération de son mari, une veuve de 90 ans se fait suggérer par un conseiller de régler ses propres funérailles, tant qu’à être là…

Ces histoires de croque-morts cupides ont été rapportées au Magazine Jobboom par des professionnels de l’industrie et des endeuillés mécontents. Elles n’étonnent guère Alain Leclerc, directeur général de la Fédération des coopératives funéraires du Québec, qui regroupe 30 salons funéraires sans but lucratif. «Bien sûr que des conseillers exercent une pression sur leurs clients pour qu’ils dépensent davantage! Ils transigent avec des gens fragilisés par la mort d’un proche qui ne connaissent souvent rien aux services funéraires. Un vendeur peu scrupuleux a tout le loisir de jouer sur les émotions.»
Et comme les conseillers de certaines maisons funéraires privées touchent une commission sur les ventes, il peut être tentant de persuader les clients de mettre le paquet pour des funérailles.
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«Certains travailleurs de l’industrie funéraire sont surtout motivés par l’argent», constate David Émond, coordonnateur du Département de thanatologie au Collège de Rosemont et thanatologue au Centre funéraire E. Montpetit et fils, à Valleyfield. Il est conscient que des consommateurs sont parfois exploités. «Nous incitons les élèves à faire preuve d’éthique envers leurs clients, mais rien ne garantit qu’une fois en affaires, ils se comporteront de manière irréprochable.»
En vérité, les entrepreneurs de pompes funèbres sont libres de mener leur barque comme ils l’entendent. Aucun ordre professionnel n’encadre leur travail. La Corporation des thanatologues du Québec (CTQ), qui regroupe environ 80 % des artisans de l’industrie, s’est dotée il y a 40 ans d’un code d’éthique (voir encadré) et d’un comité de discipline pouvant imposer une amende ou une suspension en cas de plainte. Mais son pouvoir est limité : comme il n’est pas obligatoire de faire partie de la CTQ pour travailler à titre de thanatologue ou autre, le commerçant visé par une sanction n’a qu’à annuler son adhésion pour ne plus être embêté.
Cette situation préoccupe d’ailleurs le président sortant de la CTQ, Richard Hébert, qui dirige aussi la Maison funéraire Hébert et fils, à Dolbeau-Mistassini. Il souhaite que les maisons funéraires se conforment désormais à une norme professionnelle établie par le Bureau de la normalisation du Québec, une première en Amérique du Nord. «Ce système garantira aux consommateurs que les professionnels des entreprises certifiées ne se comportent pas comme des vendeurs de chaussures à rabais!»
Les membres de la CTQ se sont réunis cet automne afin de jeter les bases de cette norme professionnelle.
Il faut dire que la Loi sur les arrangements préalables de services funéraires et de sépulture a réduit les abus depuis son entrée en vigueur en 1988, du moins en ce qui a trait aux fameux «préarrangements» par lesquels un individu détermine lui-même ce qu’il adviendra de sa dépouille.
«Avant cette loi, c’était le bordel, se souvient Réal Coallier, directeur du bureau de Montréal de l’OPC. Des vendeurs de services funéraires se présentaient chez des personnes âgées et ne partaient pas tant qu’un contrat d’arrangements préalables n’était pas signé! Aujourd’hui, la sollicitation directe est interdite : pas de porte-à-porte, pas de téléphone.» Les entreprises funéraires font de la publicité dans les médias et ont des stands dans des foires. Popularisés au Québec dans les années 1980 et désormais contractés par le quart des personnes qui décèdent, les arrangements préalables contribuent aujourd’hui à réduire les risques de se faire escroquer par un croque-mort. «Quand on choisit soi-même les modalités entourant sa mort, à tête reposée, on n’a pas tendance à faire des dépenses extraordinaires», constate Sébastien St-Onge, sociologue et auteur de L’industrie de la mort (Éditions Nota Bene, 2001).
Embaumement : 400 $ à 800 $
Cercueil : 250 $ à 35 000 $ en moyenne
Exposition : 350 $ à 800 $
Enterrement : 800 $ à 1 800 $
Fleurs : 50 $ à 800 $ en moyenne
Terrain de cimetière : 600 $ à 10 000 $
Crémation : 225 $ à 500 $
Niche dans un columbarium : 350 $ à 7 000 $
Place dans un mausolée : 3 000 $ à 12 000 $