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Dossiers chauds

Pompes à fric (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 9 oct 2007

Mais l’état d’esprit est tout autre quand il faut organiser précipitamment les funérailles d’un proche. «Souvent, les familles se sentent coupables; elles se disent qu’elles auraient pu faire davantage pour la personne de son vivant, que son décès aurait peut-être pu être évité», affirme David Émond. Certaines compensent en achetant des funérailles ostentatoires, parfois sous l’influence du personnel des maisons funéraires, mais parfois aussi de leur propre chef.

Mourir à tout prix

Aussi, la plupart des gens sont si soulagés de confier les obsèques à des professionnels qu’ils sont prêts à y mettre le gros prix sans poser de questions. Ce fut le cas d’Alain Roy, qui a enterré son père en avril dernier.

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«J’ai fait le saut quand on a reçu la facture de la maison funéraire – 12 000 $ pour une cérémonie banale et quelques sandwichs pas de croûte! Mais je cognerais encore à leur porte car ils ont tout pris en charge. Bien sûr, les prix étaient exagérés : 300 $ pour 25 signets funéraires, entre autres… Mais je n’allais pas me mettre à marchander! Ça ne se fait pas.»

Vrai que des funérailles, ça coûte cher – 5 500 $, en moyenne. Dans les coopératives funéraires, ce prix moyen tombe à 3 500 $. «C’est que les coopératives offrent surtout des services moins dispendieux, soit l’incinération et la cérémonie des cendres», soutient Marc Poirier, vice-président aux opérations chez Magnus Poirier, entreprise fondée par son grand-père. Les entreprises privées comme la nôtre offrent une gamme de produits plus vaste. C’est un autre marché.»

Faux, réplique Claude Roy, directeur général de la Coopérative funéraire de l’Estrie. «Nos services sont les mêmes. Cependant, nous n’encourageons pas nos membres à faire des dépenses excessives. Notre mission n’est pas de les endetter, mais de leur faire traverser leur deuil.»

Les membres des coopératives funéraires affirment qu’ils arrivent à réduire la facture des funérailles sans lésiner sur la qualité, notamment parce que les biens – les urnes et les cercueils, par exemple – sont vendus presque au prix coûtant.

«Les croque-morts sont méprisés parce que leur entreprise est fondée sur deux tabous : la mort et l’argent.»
— Sébastien St-Onge, sociologue

Plein les poches?

Des fournisseurs confirment d’ailleurs que les marges de profit des maisons funéraires privées sont «astronomiques». «Les entrepreneurs de pompes funèbres vendent les urnes et les cercueils jusqu’à cinq fois plus cher que le prix original qu’on leur facture», raconte la copropriétaire d’une compagnie d’urnes et de cercueils, qui préfère garder l’anonymat.

Et pas question qu’un fournisseur vende ses produits aux clients sans l’intermédiaire des maisons funéraires : ces dernières pourraient le rayer de leur liste, poursuit-elle. «Ça joue dur dans ce milieu! Ils protègent jalousement leur marché.» Aux produits funéraires onéreux s’ajoutent les sommes facturées pour différents services administratifs, qui peuvent s’élever à des milliers de dollars. Certaines maisons funéraires les appellent «honoraires professionnels», «services professionnels» ou «services administratifs». «Ce poste de dépense est une vraie trappe à profit, estime David Émond. Un fourre-tout que chaque entreprise définit à sa manière et qui comprend des frais variant beaucoup de l’une à l’autre.»


La loi du salon

Pour devenir membre de la Corporation des thanatologues du Québec, les travailleurs de l’industrie funéraire doivent s’engager à en respecter le code d’éthique, en vigueur depuis 1965. Voici un résumé de certaines obligations envers le public.

• Démontrer un sens éthique élevé, étant donné les circonstances difficiles dans lesquelles le public fait appel à leurs services.

• Avoir comme valeur première le respect de la personne et de sa dignité et faire preuve d’empathie pour les endeuillés.

• Renseigner et conseiller honnêtement le client sur le choix de biens et services mis à sa disposition et leurs coûts, en tenant compte de ses désirs et de ses capacités financières.

• Exiger des honoraires justes et raisonnables, en fonction de la difficulté de la tâche.

• S’abstenir de toute forme de sollicitation indue ou non conforme aux lois et règlements en vigueur, comme une sollicitation faite de façon pressante et répétée, ou une sollicitation faite à l’intérieur d’un hôpital, d’une résidence pour personnes âgées ou auprès d’un mourant et de sa famille. Les proches d’une personne décédée ne peuvent pas non plus être sollicités dans les 48 heures suivant le décès.

Source : Site de la Corporation des thanatologues du Québec


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