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«En somme, poursuit David Émond, c’est une façon pour elles de réclamer beaucoup d’argent pour des services qui ne valent pas forcément ce prix : l’entretien de la bâtisse, la manipulation des cendres, le suivi de dossiers… C’est comme si Tim Hortons vendait son café 2 $ et exigeait 6 $ de plus pour payer la caissière, les assurances, l’électricité.»
Toutes les entreprises imposent ce type de frais, parfois justifiés, insiste le thanatologue. Mais certaines sont gourmandes… Il se rappelle entre autres une famille qui s’était fait facturer 250 $ pour le transport de la dépouille du salon jusqu’au crématorium; or, la porte dudit crématorium se trouvait à 20 pieds du cercueil! «C’est enrageant d’être associé à de telles pratiques», dit-il.
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«Faire fonctionner une entreprise funéraire coûte très cher, soutient de son côté Marc Poirier, qui est aussi président de l’Association des services funéraires canadiens. Construire un complexe de taille moyenne nécessite l’investissement de plusieurs millions ». Ensuite, il y a l’entretien des bâtiments, la flotte automobile (un seul corbillard coûte 125 000 $), les nombreux salariés… Puis les exigences des clients, qui veulent un vaste choix de produits en fonction de leurs goûts ou de leurs croyances religieuses. «Le secteur funéraire est beaucoup moins payant que les gens le croient», dit-il.
«Les croque-morts sont méprisés parce que leur entreprise est fondée sur deux tabous : la mort et l’argent», avance le sociologue Sébastien St-Onge. «Il est vrai que nous vendons du malheur, contrairement à un concessionnaire de motoneiges, admet Richard Hébert. Mais quand les gens perdent un proche, ils sont bien soulagés de se tourner vers nous.»
Jusque dans les années 1960, les familles québécoises s’occupaient elles-mêmes de leurs proches décédés : elles les lavaient, les exposaient à la maison et confiaient à l’Église l’enterrement et le salut de leur âme, explique Raymond Lemieux, professeur de sociologie des religions à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval. «Avec la perte de repères religieux et l’effritement de l’esprit communautaire, les Québécois ont fait le choix de confier leurs morts à l’entreprise commerciale, dont les visées ne sont pas morales, mais financières.»
Ce qui n’est pas plus mal, selon le sociologue. D’abord, le désir de rester en affaires motive le commerçant à offrir un bon service. Certes, ce principe n’est pas toujours respecté : «Certains peuvent exploiter des gens éplorés», remarque Raymond Lemieux. Toutefois, transiger avec l’Église avait aussi ses inconvénients. «Je pense notamment aux gens qui se suicidaient. Ils n’avaient droit ni à des funérailles ni à un enterrement au cimetière catholique.»
Alain Leclerc pense toutefois qu’il existe une solution pour contourner les abus. «L’État devrait prendre en charge le secteur funéraire; la relation d’aide remplacerait la relation marchande. Je trouve choquant que des gens s’enrichissent sur le dos de la mort.»
À quand la Société de l’assurance funéraire du Québec, la SAFQ?