
L’entreprise Harmonia, fondée à Québec en novembre 2006, ne compte même pas d’embaumeur parmi son personnel. Elle offre le chemin le plus rapide vers l’au-delà : la crémation directe, sans exposition ni cercueil. «Nous donnons plutôt la priorité à la préservation de la mémoire du disparu», explique Yvon Rodrigue, président.
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Ainsi, leurs professionnels en «ritualité» organisent une cérémonie des cendres dans un lieu choisi par la famille – au Musée des beaux-arts ou au milieu d’un champ, par exemple. Ils proposent aussi des produits commémoratifs, tel qu’un bijou contenant les cendres du défunt, un cédérom-souvenir ou une courte biographie de la personne décédée.
Ces pratiques irritent plusieurs propriétaires de maisons funéraires traditionnelles, dont Richard Hébert, de la Maison funéraire Hébert et fils, à Dolbeau-Mistassini. «Je trouve irresponsable qu’on remette à la famille une boîte de cendres sur le coin de la table, quelques heures après la mort de son proche!»
Selon lui, il est nécessaire de voir la dépouille au salon funéraire afin d’amorcer le processus de deuil. Un avis que partage Josée Jacques, psychologue du deuil et auteur du livre Les saisons du deuil (Les Éditions Québécor, 2e édition, 2006). «Cette étape peut aider les proches à prendre conscience que la personne est bel et bien morte et faciliter l’acceptation.»
«Le salon funéraire est aussi un lieu de dialogue pour les gens qui ont connu le défunt, ajoute Raymond Lemieux. Chacun a une anecdote à raconter à son sujet. Le fait d’échanger ainsi à propos du disparu est fondamental pour faire son deuil.» Ce sociologue croit que les gens ont tendance à escamoter les funérailles parce que le rapport à la mort a changé. «La mort est vécue comme un échec, un accident imprévu et anormal. Comme si ce n’était pas dans l’ordre des choses de mourir.»
Yvon Rodrigue doute cependant que l’exposition du corps ait un impact sur l’acceptation de la mort. «Désormais, 85 % des gens meurent à l’hôpital, souvent en compagnie de leur famille, ce qui rend l’exposition obsolète. La famille commence à faire son deuil pendant que la personne dépérit.» Pour cette raison, il croit que l’avenir appartient surtout aux services commémoratifs – comme la cérémonie des cendres personnalisée –, plutôt qu’aux services funéraires.
Certains centres funéraires, comme le Complexe funéraire Mont-Royal, à Montréal, proposent des cérémonies laïques avec un «célébrant», aussi appelé «meneur de rites» ou «passeur». «Il apporte du sens à la célébration et aide les familles à faire leur deuil», explique Paule Lebrun, qui forme des meneurs de rites dans son école Ho rites de passage, à Montréal. Ses élèves sont par exemple des comédiens, des professeurs ou des infirmières aux soins palliatifs qui veulent ajouter une corde à leur arc personnel et professionnel. «Ce sont des gens dotés d’une grande maturité intérieure», dit-elle. Au Complexe funéraire Mont-Royal, trois thanatologues et un ancien prêtre ayant suivi une formation de célébrants aux États-Unis organisent des rites funéraires.
D’autres déploient des trésors d’imagination pour répondre aux fantasmes funéraires des clients, qui souhaitent de plus en plus une cérémonie à leur image. «Par exemple, nous avons déjà monté un décor avec des arbres et un chevreuil empaillé à l’occasion de la mort d’un amateur de chasse», se rappelle Nadia Fournier, conseillère aux familles chez Georges Fournier et fils, à Amqui.
Un chevreuil empaillé? Y a rien là! Cynthia Corriveau, thanatologue au Complexe funéraire Mont-Royal, a déjà fait venir un éléphant d’un zoo pour combler les désirs d’une famille endeuillée.