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Vivre de la mort

Requiem pour un minou

Cercueils en satin, monuments funéraires en marbre, lot entretenu au cimetière : certains animaux domestiques sont traités comme des rois lorsqu’ils décèdent. Au Québec, une industrie funéraire répond aux besoins des propriétaires bouleversés par la mort de leur compagnon.

par Marie-Hélène Proulx


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 9 oct 2007


Les membres du conseil municipal de Beauharnois se sont payé la tête de Julien Lefebvre le jour où il a demandé la permission d’aménager un cimetière pour animaux, en 1969. «À l’époque, comme les gens accordaient moins d’importance aux animaux domestiques, ce projet a été accueilli avec un certain scepticisme!» raconte en riant la belle-fille de Julien Lefebvre, Marie-Josée Burgoyne, propriétaire du Cimetière Mon repos avec son mari, Dominique Lefebvre, le fils du fondateur.

Finalement, les sceptiques ont été confondus : 40 ans plus tard, au moins 1 500 bêtes bien-aimées reposent en paix au cimetière. Les propriétaires viennent régulièrement saluer la tombe de leur perruche, cochon d’Inde, cheval et autres disparus.

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On est encore loin des 70 000 tombes du célèbre Hartsdale Pet Cemetery & Crematory de New York, ouvert en 1896, mais ce n’est peut-être qu’une question de temps. «Notre service a beaucoup gagné en popularité dans les années 1990; nous faisons maintenant en moyenne deux enterrements par semaine», évalue Marie-Josée Burgoyne.

D’autres ont depuis imité l’initiative de la famille Lefebvre : il y a désormais un cimetière pour animaux à Lévis, et un autre à Shawinigan. Parallèlement, quelques crématoriums pour animaux ont ouvert leurs portes au cours des 15 dernières années. Le plus ancien et le plus gros est Incimal, à Berthierville, fondé en 1993 par André Loiselle. Mis à part les animaux morts recueillis chez les vétérinaires et le long des routes, qui sont brûlés en groupe dans un four, l’entreprise procède aussi à la crémation individuelle de 1 100 compagnons domestiques chaque année. On y incinère surtout des chats, des chiens, des oiseaux, des rongeurs, mais aussi des serpents et des poissons tropicaux!

«Depuis deux ans, le nombre de propriétaires qui demandent une crémation individuelle pour leur animal de compagnie a doublé, remarque Katy Loiselle, responsable du marketing chez Incimal. Les clients sont de plus en plus sensibles à ce qu’il advient de la dépouille des animaux qu’ils appellent souvent leur bébé

Déclaration d’amour

Il faut dire que la façon dont les gens perçoivent leur animal de compagnie a évolué de façon fulgurante depuis les années 1990. «Ils n’éprouvent plus de pudeur à traiter leur animal comme si c’était un être humain, voire comme si c’était leur enfant; c’est ce qu’on appelle l’anthropomorphisme», explique Alain Roy, un professeur de droit à l’Université de Montréal qui s’intéresse au statut juridique de l’animal.

Selon lui, le vieillissement de la population explique peut-être ce phénomène, puisqu’on l’observe particulièrement chez les célibataires et les personnes âgées, pour qui minou ou pitou constitue parfois la seule présence. Autre hypothèse : la reconnaissance des vertus de la zoothérapie, une approche née à la fin des années 1980 au Québec, qui encourage le contact avec les animaux pour surmonter des difficultés psychologiques.

Par ailleurs, des recherches américaines démontrent que de 70 % à 90 % des gens considèrent leur animal comme un membre à part entière de leur famille. La mort de ce «parent» peut chagriner profondément – parfois autant que s’il s’agissait de la perte d’un père ou d’une sœur, selon les études du psychiatre américain Aaron Katcher.

Ainsi, de plus en plus de propriétaires choisissent de souligner le décès de leur animal chéri. Pour eux, il serait impensable de jeter feu Fido aux ordures, comme la loi pourtant le prescrit. En effet, au Québec, la dépouille d’un animal est considérée comme un déchet dont la destination ultime est le dépotoir! Il est interdit d’enterrer un animal sur un terrain privé, pour des raisons d’hygiène. Seuls les crématoriums et les cimetières pour animaux ont l’autorisation d’inhumer ou de brûler des animaux.


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