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Dossiers chauds

Le procès des boomers

Selon le discours ambiant, les baby-boomers laisseraient derrière eux une terre brûlée après s’être payé un méchant party. Le Magazine Jobboom les cite donc à leur procès. Accusation : dilapidation du bien collectif. Seront-ils déclarés coupables d’avoir hypothéqué l’avenir des Québécois? À vous le verdict.

Recherche et rédaction : Marie-Hélène Proulx avec la collaboration d'Éric Grenier, Jean-Sébastien Marsan et Delphine Naum
Coordination : Éric Grenier
Photos : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 10 nov 2007


L’accusation

Un billet d'Éric Grenier

Quand Lily a poussé son premier cri à l’Hôpital Saint-Luc en juillet dernier, l’offrande qu’elle a reçue n’était pas un ourson.

C’était un cadeau de Grec : une dette de 30 779 $. Sa part, à titre de résidente du Québec, de la dette publique cumulée par les municipalités, le gouvernement québécois et le gouvernement fédéral en date de 2007.

Un passif amassé durant ce que les historiens occidentaux appellent les Trente Glorieuses, une période qui débute dans les années 1960 et qui correspond pour l’essentiel à la turbulente jeunesse des baby-boomers et à leur prospérité en tant que travailleurs.

En 1960, la dette du Québec dépassait à peine le milliard de dollars et celle du gouvernement fédéral, 14 milliards, selon les estimations faites pour le compte de Statistique Canada par le professeur émérite d’économie Richard Bird, de l’Université de Toronto. Aujourd’hui, elle est de 123 milliards au Québec et de 467 milliards au Canada.

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Selon le Système de gestion financière de Statistique Canada, les trois quarts de la dette du Québec sont constitués de mauvaises créances contractées au cours des années 1970, 1980 et 1990; les déficits budgétaires servaient alors à payer l’«épicerie» plutôt qu’à construire des infrastructures utiles pour l’avenir, comme des aéroports, des autoroutes et des écoles.

Pour se libérer de cette dette, Lily pourrait espérer une augmentation des impôts payés par les Québécois. Ainsi, les plus hauts salariés, les baby-boomers, paieraient davantage que les jeunes pour les exubérances du passé. Ce serait une simple question de justice intergénérationnelle. Mais l’économie québécoise est déjà l’une des plus taxées en Amérique du Nord. En ajouter minerait l’avenir financier de Lily. Il faut une autre solution.

Augmenter le nombre de contribuables pour alléger le fardeau de tous? À moins de se replier sur l’immigration, impossible. Les baby-boomers n’ont pas assuré leur descendance. Sous leur règne, le taux de fécondité est tombé en deçà du le seuil du taux de remplacement de la population. Aujourd’hui, au Québec, il y a cinq travailleurs pour un retraité. Dans une vingtaine d’années, lorsqu’ils auront quitté le marché de l’emploi, il ne restera plus que deux travailleurs pour un retraité.

Ah! mais le bon temps qu’ils ont eu! «Le party perpétuel», comme le qualifie Jacques Parizeau en page 30. Deux bagnoles par driveway et à l’orée de leur préretraite, alors que l’alarme environnementale sonne, pourquoi pas le tour des Amériques en RV qui consomme 50 l d’essence aux 100 km?

Pendant leur bamboula, les baby-boomers ont oublié un détail : les autoroutes, les hôpitaux, les mégapolyvalentes et les réseaux d’aqueduc jusqu’au fond de la cambrousse construits à prix d’or par leurs parents exigent un minimum d’entretien.

Aujourd’hui, le béton s’effrite. Les infrastructures craquent de partout. Il faut tout réparer rapidement, sans quoi il y aura des victimes, comme l’a rappelé tristement le rapport de la commission Johnson sur l’effondrement du viaduc de la Concorde déposé il y a un mois.

Mais avec quel argent? Celui des générations X et Y. Le gouvernement Charest a en effet annoncé en octobre dernier un investissement de 30 milliards qui servira à réparer ce qui aurait dû l’être il y a longtemps. Cette somme s’ajoutera à la dette actuelle : une cerise sur le sundae pour les générations futures.

Où les jeunes trouveront-ils ce pactole? En travaillant toujours plus, comme les exhorte le clan des Lucides, majoritairement formé de boomers qui profitent de huit semaines de vacances payées par année!

Mais les jeunes ne pourront travailler davantage. En plus de profiter de moins bonnes conditions de travail que les boomers – un diplômé universitaire de 25 ans gagne 1 000 $ de moins par mois, en dollars constants, qu’en 1985 –, ils seront déjà débordés. Car rappelons que le nombre de travailleurs sera largement amputé lorsque la majorité des boomers aura quitté pour sa «Liberté 55», à 60 ans en moyenne. Un record de jeunesse pour la retraite, bien que la vie se soit prolongée de 40 ans depuis un siècle!

Et de retraite, il n’y en aura justement point pour les jeunes : les X et les Y seront trop peu nombreux comme cotisants aux régimes de retraite pour pallier la saignée qui sera provoquée par deux millions de retraits mensuels dans ces fonds à partir de 2011!

La facture à venir est salée. Les revenus de la nation ne suffiront plus : à ceux qui suivent reviendra l’odieux de sabrer dans les services sociaux et gouvernementaux. Un acte qui sera qualifié de perfidie et de lèse-progressisme par les puissants syndicats créés par et pour les baby-boomers, dont la mission est de protéger leurs intérêts – les clauses de disparité de traitement, aussi dites «orphelin», en témoignent dans la présentation de la Couronne, en page 26.

Sous leur empire, la surconsommation, la piscine hors terre et le Hummer ont été inventés. Ils ont initié un gaspillage des ressources naturelles et une destruction de la nature comme jamais auparavant. Ce qui entraîne aujourd’hui la plus grande perturbation environnementale que l’homme ait connue.

Auraient-ils pu faire autrement? Plusieurs signes avant-coureurs ont pourtant indiqué que quelque chose clochait dans leur mode de vie : la crise du pétrole dans les années 1970, la récession de 1980-1982 et le dérapage des finances publiques qui a suivi. Les pluies acides et l’effet de serre avaient déjà été annoncés dans les années 1980. En page 25, un boomer admet avoir vu poindre la crise, sans réagir.

Sont-ils coupables ou non coupables?


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Québec

71,3 %


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