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JE, ME, MOI, MA, MON…

Le regard rivé sur leur nombril, les boomers ont joui de l’existence sans songer à demain. Résultat : ils laissent derrière eux peu d’enfants, un cratère dans les finances publiques, des infrastructures qui s’effondrent et une société accro à la consommation.

Par Marie-Hélène Proulx
photo : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 10 nov 2007


Il y a trois ans, le conférencier Alain Samson a donné une formation sur la gestion du temps et des priorités à une soixantaine de fonctionnaires d’une société d’État, tous des baby-boomers. «Que se passe-t-il lorsque vous gérez mal votre temps au travail et que vous n’accomplissez pas vos tâches dans les délais prescrits?» leur a demandé le boomer de 47 ans, en guise d’introduction.

Réponse de l’auditoire : «C’est sans conséquence : nous avons des postes permanents et une sécurité d’emploi en béton.»

Cette réaction a choqué Alain Samson, au point de donner le coup d’envoi à la rédaction de son livre Les boomers finiront bien par crever : guide destiné aux jeunes qui devront payer les pots cassés (Les Éditions Transcontinental, 2005). Cette façon de penser incarne à ses yeux l’égocentrisme de la génération d’après-guerre et son indifférence à l’égard de la communauté.

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«Dans les milieux syndiqués, les boomers ont protégé leurs intérêts au détriment du rendement de leur organisation et du sort des jeunes travailleurs», dit-il. Il cite l’exemple des clauses de disparité de traitement, dites «orphelin», introduites à la fin des années 1980, par lesquelles de jeunes recrues faisaient les frais des compressions budgétaires, notamment dans les municipalités et certains corps policiers. «Les membres des syndicats ont imposé aux employés nouvellement embauchés des baisses salariales sans diminuer leur propre salaire. C’est vraiment cheap

Après moi, le déluge

Une indignation partagée par Éric Bédard, un historien qui a lutté contre les clauses «orphelin» au sein du groupe Le pont entre les générations. «Cet épisode traduit un manque incroyable de solidarité de la part des boomers à l’égard des générations suivantes.» Quand il y a compression budgétaire dans les entreprises, les syndicats, souvent contrôlés par des boomers, pourraient geler les salaires de tous afin de permettre l’embauche de nouvelles recrues dans des postes permanents, soutient-il. «Hélas! Beaucoup considèrent que la précarité d’emploi n’est pas leur problème.»

L’instabilité professionnelle a pourtant de sérieuses conséquences sur le bien-être des nouvelles générations. Depuis le début du XXe siècle, les conditions socioéconomiques des jeunes se sont sans cesse améliorées par rapport à celles de leurs parents. Pour la première fois, aujourd’hui, on fait marche arrière. «Les enfants des boomers sont moins riches que l’ont été leurs parents au même âge. C’est un peu gênant!» remarque Jacques Légaré, démographe à l’Université de Montréal.

Selon lui, cette situation aurait pu être évitée si les boomers n’avaient pas accaparé tous les emplois bien rémunérés, notamment ceux de la fonction publique. «S’ils avaient payé plus d’impôts, s’ils avaient accepté d’être rémunérés à la performance plutôt qu’à l’ancienneté, et si les syndicats ne s’étaient pas négocié des salaires aussi élevés et des conventions collectives aussi rigides, les nouvelles générations auraient pu intégrer le marché du travail de façon plus naturelle.»

Claudette Carbonneau, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), reconnaît que les jeunes ont été «sacrifiés» au point de vue de l’emploi syndiqué. «Mais le climat économique ne facilitait pas la tâche des syndicats», nuance-t-elle. Dans les années 1980, au plus fort de la crise économique, les entreprises fermaient, les embauches étaient stoppées et les mises à pied se multipliaient. «Les clauses “orphelin” ont été introduites au milieu de conflits de travail très durs.»

Elle se montre tout de même critique à l’égard du legs des boomers sur le plan de l’emploi. «C’est ce que la société québécoise compte de plus arriéré. Nos lois régissant le monde du travail semblent dater de la Deuxième Guerre! Elles ne protègent pas du tout les travailleurs atypiques, notamment les autonomes. Les syndicats ont encore de longs combats à livrer, entre autres pour moderniser le Code du travail.»


Pièce à conviction 1

Une génération qui a laissé peu d’héritiers

Les femmes nées en 1947-1948 ont eu 1,8 enfant en moyenne;

1920-1921 : 3,6
1930-1931 : 3,5
1957-1958 : 1,6
1967-1968 : 1,7


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