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Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 10 nov 2007

Le déclin de l’empire

François Ricard n’est guère plus enthousiaste en ce qui concerne l’héritage artistique, spirituel et intellectuel des boomers. «Ils ont beaucoup reçu, mais peu donné en retour», soupire le titulaire de la Chaire James McGill sur la littérature québécoise et sur le roman moderne à l’Université McGill, auteur de l’essai La génération lyrique (Les Éditions du Boréal, 1992). «C’est une génération dévastée qui laisse derrière elle un monde un peu en ruine, marqué par l’instabilité. À mon avis, nous sommes dans une période de grande décadence sur le plan moral et culturel.»

Selon lui, le rôle fondamental que jouaient autrefois les artistes au sein de la société s’est éteint à l’ère des boomers. «Imaginez ce que représentaient des écrivains comme Gaston Miron et Hubert Aquin dans les années 1950! Ils étaient la conscience critique de la société. Aujourd’hui, un écrivain célèbre est celui qui passe bien à Tout le monde en parle

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Le professeur constate que les boomers n’ont rien construit pour remplacer ce qu’ils ont contesté. «À l’école, ils ont rejeté la grammaire, le grec et le latin en disant que c’était bourgeois. Je ne dis pas qu’on aurait dû garder le latin, mais on n’a rien mis de solide à la place.»

À ses yeux, le système d’éducation s’est tellement appauvri qu’il doute que les jeunes aient les moyens intellectuels d’articuler une nouvelle vision du monde. «Les jeunes sont désorientés, démunis sur le plan du langage. Ils ont peu de références culturelles et pas de conscience historique.»

Fil rompu

«Les boomers ont brisé la ligne de transmission du savoir entre les générations», renchérit l’historien Éric Bédard. Pour se débarrasser des carcans qui l’opprimaient – la religion et le modèle familial traditionnel, par exemple –, la génération lyrique a décidé de faire table rase du passé. Mais ce faisant, elle a jeté le bébé avec l’eau du bain.

«Ils ont beaucoup reçu, mais peu donné en retour.»
— François Ricard, auteur de l’essai la génération lyrique

«Les aînés, dont on respectait autrefois la sagesse et les connaissances, sont désormais abandonnés dans des centres d’accueil, affirme Éric Bédard. L’école a aussi perdu son caractère sacré d’institution où on apprend à servir un idéal; les profs doivent avant tout distraire les élèves.»

L’esprit de transmission semble disparaître également dans les milieux de travail. «Les boomers n’aiment pas l’idée de préparer la relève, estime Alain Samson. Pour eux, cela équivaut à signer un testament, comme s’ils allaient mourir.»

«Transmettre implique qu’on se défasse de quelque chose pour le laisser à d’autres; accepter de jouer les vieux maîtres effacés qui veillent au bonheur des autres, explique François Ricard. Or, les boomers refusent ce rôle qui ne cadre pas du tout avec leur idéal de jeunesse éternelle. Ils n’ont même pas voulu transmettre la vie!»

Sur la corde raide

En effet, les boomers ont fait peu d’enfants. «Pas assez pour assurer leur remplacement, déplore le démographe Jacques Henripin. Collectivement, ils n’ont pas fait leur boulot. Mais il faut dire qu’ils ne s’en rendaient pas compte. C’est à l’État de surveiller le taux de fécondité et de trouver des moyens pour favoriser les naissances.»

Reste qu’en mettant si peu d’enfants au monde, les boomers ont créé un déséquilibre social et économique, remarque Jacques Légaré. «Il serait indu d’imposer les nouvelles générations à 75 % pour faire fonctionner notre système, notamment les services de santé et les régimes de retraite.»

Il lui paraît inévitable qu’une sorte de «caisse-santé» soit instaurée afin de prévoir les frais hospitaliers effarants qu’entraînera le vieillissement de la population. «Les boomers devraient participer financièrement à cette caisse, un peu comme ils achètent maintenant des REER en vue de leur retraite.»

Marie Grégoire, ancienne députée de l’Action démocratique du Québec, maintenant vice-présidente communication et marketing du cabinet HKDP Communications et affaires publiques, se désole du manque de prévoyance des boomers, qui savaient depuis le début des années 1980 qu’un déclin démographique allait frapper le Québec de plein fouet.


Pièce à conviction 2

Dettes personnelles en 2005 pour un avoir de 100 $

45-54 ans : 13,23 $
Moins de 35 ans : 39,40 $


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