Trouvez un article

Rechercher

Dossiers chauds
Présentation de la défense

Forces majeures

Bien qu’on les accuse de mille maux, les boomers sont loin d’être des «gras durs». Au contraire, ils ont été d’ardents travailleurs qui lèguent à leur descendance des entreprises solides, le goût de la liberté et un esprit critique.

Par Marie-Hélène Proulx
photo : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 10 nov 2007


Ne comptez pas sur le démographe Jacques Henripin pour clouer les baby-boomers au pilori. La moutarde lui monte au nez quand il entend des gens les taxer d’égoïsme et de gaspillage. «Ces insinuations sont totalement gratuites. Ils ont beaucoup consommé, mais tout le monde aurait fait la même chose à leur place. De tout temps, les gens ont cherché à améliorer leur sort sans se soucier des générations à venir», affirme cet auteur d’ouvrages marquants sur la démographie.

Vrai que les boomers ont profité à fond de l’accroissement du niveau de vie : jobs en or, belles baraques, deux voitures, peu ou pas d’enfants, voyages aux quatre coins du globe. Mais ils n’ont pas tous touché le pactole. «Il n’y a pas que des fonctionnaires nantis dans le lot : au moins le tiers d’entre eux sont de petits salariés exténués qui ne connaîtront pas la retraite avant 70 ans», explique l’éminent sociologue et théologien Jacques Grand’Maison, auteur d’une quarantaine d’essais et codirecteur d’une recherche sur l’apport des boomers à la société, Une génération bouc émissaire. Enquête sur les baby-boomers (Les Éditions Fides, 1993).

Pub.

Alain Samson, conférencier et auteur de Les boomers finiront bien par crever (Les Éditions Transcontinental, 2005), estime qu’il y a deux cohortes de boomers. «Les “idéalistes”, nés entre 1946 et 1954, ont été gâtés : les employeurs leur ont offert la lune dès leur sortie de l’école, notamment dans la fonction publique. Les plus jeunes, les “cyniques”, ont eu plus de mal à trouver un emploi puisque leurs aînés prenaient déjà beaucoup de place.»

«Les boomers ont souffert de leur surnombre, autant dans les classes bondées à l’école que sur le marché du travail qui ne pouvait tous les absorber, rappelle Jacques Henripin. Au début des années 1980, lors de la récession, le taux de chômage était très élevé et les plus jeunes boomers en ont beaucoup souffert.»

x

Alain Dubuc, économiste et chroniqueur à La Presse, est aussi d’avis que les boomers ont été moins choyés qu’on le croit, du moins sur le plan financier. «Soit, ils n’ont pas connu la crise économique des années 1930 comme leurs parents, et ils n’ont pas marché pieds nus jusqu’à l’école. Toutefois, des données récentes de Statistique Canada démontrent que la grande majorité ne s’est pas enrichie entre 1982 et 2004. Leurs revenus, après inflation, sont restés stables.»

Ayant envoyé au rebut chapelets et bénitiers devant lesquels se prosternaient leurs parents, la «génération lyrique» a déployé sa créativité de façon exceptionnelle.

Accusés à tort

Pire encore, les nouvelles générations se trompent de cible lorsqu’elles accusent les boomers de s’être payé du bon temps en finançant l’État-providence avec la carte de crédit, estime le chroniqueur. Ils ne seraient pas les grands responsables du taux d’imposition élevé des Québécois – un des pires en Amérique du Nord –, ni de la dette de 123 milliards de dollars.

«Le système généreux du Québec, avec programmes sociaux, éducation et soins de santé gratuits, on le doit aux parents des boomers», estime Alain Dubuc. Même chose pour la fonction publique, les infrastructures, les cégeps. «Ce sont les René Lévesque, Jacques Parizeau et Robert Bourassa qui ont construit l’État moderne dans les années 1960. Leurs enfants n’ont fait qu’en jouir.»

Et d’ailleurs, ils n’en ont pas joui tant que ça. «Le système de santé, par exemple, a été largement financé à même les impôts des boomers; or, ce sont leurs parents vieillissants qui en ont surtout bénéficié jusqu’à présent», remarque Alain Dubuc.

De toute façon, peu importe les responsables, ces dépenses publiques étaient nécessaires pour sortir le Québec du Moyen Âge, croit Gaétan Breton, professeur de sciences comptables à l’UQAM et auteur de La dette : règlement de comptes (Lux Éditeur, 2007). «Dans les années 1950, ma famille s’est endettée pendant dix ans pour soigner mon frère et mon grand-père malades. Les routes pour se rendre en Abitibi et au Saguenay étaient en gravier, la plupart des municipalités n’avaient pas d’aqueduc, il y avait peu d’écoles secondaires publiques et pas de transport scolaire. Il fallait rattraper le temps perdu, coûte que coûte.»

Québec inc.

L’accès à l’éducation et à une meilleure qualité de vie n’a pas tardé à porter ses fruits : bardés de diplômes, dynamisés par l’énergie d’un «temps nouveau», les boomers ont construit des entreprises florissantes. «Ils ont été particulièrement travaillants et performants», remarque Isabelle Hudon, présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Parmi eux, Alain Bouchard et ses dépanneurs Couche-Tard. Serge Godin et sa société de services-conseils et de gestion en informatique CGI. Jean-Marc Léger et sa firme de sondage Léger Marketing, cofondée avec son père, Marcel.


guide de survie


À quel point aimez-vous votre travail?








Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

NOS AIGUILLEURS