Des exemples : les centres de la petite enfance et les garderies à sept dollars; l’intégration du concept de harcèlement psychologique dans la Loi sur les normes du travail; la Loi sur l’équité salariale. «Les boomers ont le mérite d’avoir appliqué le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes comme aucune génération avant eux», estime Jacques Henripin.
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«Les boomers qui travaillaient dans les écoles ont aussi participé à l’éclosion de la conscience environnementale chez les jeunes, qui portent aujourd’hui la cause à bout de bras», remarque Claudette Carbonneau. D’ailleurs, c’est à tort qu’on accuse les boomers d’avoir fait de la planète une poubelle, croit Alain Dubuc. Selon lui, les plus importants dommages écologiques ont été provoqués durant les années 1940, 1950 et 1960, alors que les boomers étaient aux couches. «Au cours de cette période, on a construit des autoroutes, bétonné la nature et créé l’île Notre-Dame pour l’Expo 67 dans le mépris le plus total des espèces aquatiques», rappelle le chroniqueur.
«D’ailleurs, l’eau du fleuve Saint-Laurent et l’air de Montréal sont de meilleure qualité qu’avant, croit Jacques Henripin. Les boomers ont contribué à améliorer l’environnement.»
Plusieurs des figures de proue du mouvement écologiste québécois sont des boomers, comme Daniel Green, porte-parole du Sierra Club au Québec, et Louise Roy, ancienne directrice générale de Vélo Québec, organisme qui popularise ce mode de transport depuis 40 ans. Avant eux, certains aïeux comme Pierre Dansereau et le frère Marie-Victorin leur avaient pavé la voie.
La boomer Joanne Marcotte, réalisatrice de L’illusion tranquille, un documentaire dans lequel la pertinence du modèle québécois est mise à mal, pense plutôt que sa génération a fait preuve d’indolence. «Collectivement, on ne s’est jamais soucié de rien. La vie était belle. Jusqu’à tout récemment, je croyais que les ressources naturelles se portaient à merveille! Mais quand j’ai commencé à faire mon devoir de citoyenne en m’informant, j’ai vu qu’on se berçait d’illusions.»
Cette prise de conscience serait de plus en plus répandue chez les boomers. Marie Grégoire s’en est rendu compte lorsqu’elle a milité pour l’Action démocratique du Québec à la campagne électorale de 2007. «Plusieurs boomers m’ont dit qu’ils souhaitaient remettre une maison en ordre aux générations suivantes, quitte à faire de grands changements dans la gestion de nos finances publiques.»
Les boomers ont frappé un mur, affirme Jacques Grand’Maison. «Ils ont grandi dans une société qui croyait dur comme fer à une croissance économique, à un développement social et à une libéralisation des mœurs sans limite. L’État-providence allait veiller sur eux. Les récessions économiques et les référendums perdus les ont désenchantés.»
Ces déceptions les ont toutefois fait mûrir. Si les boomers ont vécu longtemps comme des adolescents, centrés sur le moment présent et sur leurs désirs, ce n’est plus le cas maintenant, estime le sociologue.
Un avis que partage Claudette Carbonneau, qui observe des élans de solidarité chez les boomers. Elle cite en exemple leur participation significative au Forum social québécois de Montréal, en août dernier. «Ils avaient visiblement à cœur l’avenir du Québec. Face au vent de droite qui souffle présentement, tant au fédéral qu’au provincial, ils cherchent des approches plus collectives qui valorisent l’intérêt commun.»
«Le matérialisme ne les a pas rendus heureux, constate Jacques Grand’Maison. Ils se tournent vers leurs enfants, qu’ils avaient négligés jadis, et vers leurs petits-enfants, auprès de qui ils s’investissent beaucoup.»
La relation des boomers avec leur progéniture est d’ailleurs beaucoup plus étroite que celle qui les a unis à leurs parents. «La révolution des mœurs avait creusé un profond fossé entre les boomers et leurs aînés, affirme-t-il. Ce fossé existe moins entre les boomers et leurs enfants, puisque leur mode de vie se ressemble. Ils se comprennent.»
À tel point que les jeunes de 18 à 34 ans habitent maintenant plus longtemps avec leurs parents, selon Statistique Canada. Pour des raisons économiques, bien sûr, mais aussi parce qu’ils entretiennent avec eux des rapports harmonieux, croit le sociologue.
«Quand je vois évoluer les 30 ans et moins, à mon sens si ouverts, articulés et audacieux, je suis incapable d’être négatif quant à l’héritage des baby-boomers», conclut-il.