Encore plus s’il s’agit de Madame Y.Car les sorties dans les bars de danseuses sont susceptibles d’indisposer les femmes, qu’elles soient clientes ou employées de l’entreprise qui invite. «Imaginez une équipe de banquiers dans laquelle il y a une femme. S’ils se réunissent aux danseuses avec le client pour développer une complicité, la femme se retrouve la cinquième roue du carrosse. C’est très embarrassant pour elle», affirme Hélène Lee-Gosselin. Pas idéal pour des milieux qui tentent d’améliorer la place qu’ils réservent aux femmes.
C’est d’ailleurs ce que 340 employées du groupe d’investissement Morgan Stanley, aux États-Unis, ont plaidé en 2004 lorsqu’elles ont accusé la firme de discrimination fondée sur le sexe.
Pour elles, les sorties dans les bars d’effeuilleuses n’étaient pas seulement embarrassantes, mais constituaient de véritables obstacles à la progression de leur carrière. Une des plaignantes avait notamment été évincée d’une réunion avec un client important parce que la rencontre se tenait dans un tel lieu. Morgan Stanley a accepté un règlement à l’amiable de 54 millions de dollars. La firme a depuis adopté une politique qui interdit à ses employés les activités exclusives aux hommes et, en janvier 2006, a congédié quatre employés qui ont accompagné un client dans un bar de danseuses.
Robert Desormeaux croit que de tels codes de conduite existent dans les entreprises de chez nous. «Certaines compagnies interdisent carrément à leurs employés d’accepter quelque cadeau ou sortie que ce soit.»
Selon lui, l’attitude à adopter par rapport aux sorties dans les bars de danseuses est sûrement abordée dans certaines entreprises. «Mais c’est parfois simplement commu- niqué verbalement, sans que ce soit nécessairement mis par écrit», précise-t-il.
À la banque où Simon travaille, les sorties dans les bars de striptease avec les clients n’ont jamais fait l’objet de discussions avec les supérieurs. «Ce n’est ni interdit ni encouragé. Mais si je mets cette activité sur mon compte de dépenses à l’occasion, personne ne bronche…», confie-t-il. Une chose est sûre, il n’y est jamais allé accompagné de l’une de ses rares collègues féminines. «Quand une femme est parmi nous, on sort ailleurs, tout simplement.»
Ce scénario reflète sensiblement l’expérience de Valérie (nom fictif), avocate spécialisée en litige commer-cial. Dans son milieu de travail, majoritairement masculin, les sorties aux danseuses sont occasionnelles. Elle y est déjà allée à quelques reprises. «Mais je ne me suis jamais sentie obligée d’y aller et je n’ai pas non plus l’impression que ma carrière va pâtir si je ne participe pas à ces activités. Mes clients continuent de m’appeler quand ils ont un problème, même si je ne suis pas allée aux danseuses avec eux», dit-elle.
Comme quoi, n’en déplaise aux Vincent Lacroix de ce monde, il y a d’autres façons d’établir une solide relation d’affaires.