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Dossiers chauds
L’amour au travail

Liaisons dangereuses

Jalousie. Bonheur. Trahison. Abandon. Extase. Larmes... Non, il ne s’agit pas des thèmes d’un quelconque feuilleton, mais il est plutôt question des réalités d’un couple difficile à maintenir en vie : celui de l’amour et du travail!

Par Dominique Forget, avec la collaboration de Frédéric Denoncourt
coordination Pierre Frisko


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 2 Février 2008


C’est que les Québécois aiment plus leur job que leur douce moitié. Les heures consacrées au travail ne cessent d’augmenter pendant que celles vouées aux câlins sous la couette matrimoniale fondent comme chocolat au soleil. Parallèlement, les taux de divorce et de séparation sont en hausse constante depuis 30 ans. La faute au boulot? En tout cas, les travailleurs souvent trop crevés pour conter fleurette à leur partenaire à la maison, se montrent nettement plus actifs au bureau, à l’usine, au chantier… Récit d’une relation sulfureuse et conflictuelle entre l’amour et le travail.

Après six ans de vie commune avec Caroline, François a quitté le condo qu’ils venaient de s’acheter ensemble et s’est envolé vers Calgary. Quelques semaines avant Noël!

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C’est qu’il y avait quelqu’un d’autre dans sa vie : le travail. Un employeur lui a offert un poste dans la haute finance qu’il ne pouvait pas refuser. «Nous allons tenter de maintenir la relation à distance», soupire Caroline, consultante en gestion de 41 ans. «Au moins, quand j’ai mentionné à mon patron que je ne suivais pas mon chum parce que j’aimais trop mon travail à Montréal, il m’a promue!»

Le travail a aussi joué les trouble-cœurs dans la vie de Benjamin, directeur du marketing pour une boîte de télécommu-nications. Âgé de 35 ans, il s’est récemment séparé après 12 années de vie commune avec Marie-Pierre, graphiste à la pige. «Elle m’avait promis qu’on finirait par avoir des enfants, mais elle travaillait tout le temps et ne cessait de remettre le projet à plus tard. Ses ambitions professionnelles passaient avant le reste.»

Pour un nombre de plus en plus important de couples, «le reste» c’est la vie amoureuse. Les relations de couple sont devenues un luxe pour plusieurs travailleurs.

Ou pire, une corvée. «Rien ne va plus en amour depuis que le travail occupe autant de place dans la vie des individus», lance Chris Higgins, professeur à la Richard Ivey School of Business de l’Université Western Ontario et expert en conciliation travail-famille.

Benjamin aurait peut-être avantage à rencontrer Ève. Professeure à l’école secondaire, âgée de 30 ans, elle aimerait bien tomber enceinte, mais hésite à se lancer dans l’aventure de la maternité. «Mon chum travaille comme déneigeur la nuit, tandis que j’enseigne le jour. Les soirs où l’on se retrouve, il est souvent trop crevé pour faire quoi que ce soit.» L’été? «C’est pire. Il travaille à son compte comme paysagiste; pratiquement 12 heures par jour.»

Au Québec, 10 % des couples qui se sont mariés en 1970 ont divorcé dans les 10 années qui ont suivi leur mariage. Chez les couples mariés en 1993, le pourcentage a grimpé à 25 %.

Les unions étaient manifestement plus solides au temps où madame restait à la maison et servait son homme quand il rentrait après une dure journée de labeur. La transition massive des femmes vers le marché de l’emploi aurait-elle mis le couple en péril? «Un tas d’autres facteurs ont joué dans la montée des divorces, admet Chris Higgins. Mais les horaires surchargés et les exigences du travail y sont certainement pour quelque chose.»

Amoureux et boulomane

Dans la course qui oppose désormais travail et vie personnelle, le boulot mène le bal et ne cesse de creuser l’écart.

Avec sa collègue Linda Duxbury, de l’Université Carleton, Chris Higgins a sondé plus de 20 000 travailleurs canadiens au début des années 1990, et plus de 30 000 au début des années 2000, pour tenter de cerner l’impact du travail sur leur vie personnelle.

Les résultats sidèrent : la proportion de travailleurs qui consacrent plus de 50 heures par semaine au travail a plus que doublé en 10 ans. Les heures allouées aux câlins d’amoureux et à la vie de famille en général ont fondu comme du chocolat, soit de 16 à 11 par semaine, en moyenne.

Les professionnels sont les plus touchés. Près de 50 % de ceux qui travaillaient pour de grandes entreprises ont admis que le travail avait un impact négatif sur leur vie de famille et le temps passé avec leur conjoint.

Psychologue clinicienne et spécialiste de la thérapie conjugale, Jocelyne Bounader reçoit dans son cabinet de Montréal des dizaines de couples chaque semaine, essentiellement formés de professionnels. Parmi les causes de disputes les plus fréquentes qui lui sont rapportées figurent l’éducation des enfants, la sexualité, les questions d’argent… et le travail.

Une fois la lune de miel terminée, les disputes éclatent souvent lorsqu’un des deux amants s’investit sans compter au boulot. Alors, Madame se plaint… et Monsieur aussi! «J’ai eu un cas récemment où Madame avait annulé les vacances en Europe à la dernière minute parce qu’un dossier urgent s’était présenté au bureau. Elle voulait rester en Amérique du Nord pour être dans le même fuseau horaire que ses collègues et pouvoir répondre à son BlackBerry en tout temps. Monsieur était furieux. Ces vacances étaient planifiées depuis des mois», rapporte la psychologue.


guide de survie


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