Dossiers chauds

Liaisons dangereuses (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 2 Février 2008


«Les couples heureux passent au moins cinq heures en tête-à-tête par semaine», évalue Yvon Dallaire, psychologue et sexologue spécialisé en thérapie conjugale à Québec. Plusieurs travailleurs qu’il rencontre sont loin de la marque. Ils filent vérifier leurs courriels une fois la dernière bouchée avalée, gardent leur téléphone cellulaire ouvert pendant la partie de hockey du petit et restent branchés en vacances. Les soirées en amoureux, les sorties au cinéma et les dimanches matin sous les couvertures sont relégués à l’arrière-plan.

Lorsqu’ils essuient les reproches de leur conjoint, les boulomanes ne se laissent généralement pas convaincre facilement. Ils mettent la pédale douce quelques semaines, mais retrouvent vite leurs vieilles habitudes.

Un travailleur développera une relation intime — du baiser amoureux jusqu’à une relation sexuelle — avec un membre de son entourage professionnel tous les sept ans d’ancienneté.

Quand la flamme s’éteint avant la séparation, les longues heures de travail prolongent indûment l’espérance de vie du couple. «Les problèmes surgissent alors au moment de la retraite!»

La faute au féminisme?

Justin Wolfers, économiste à la réputée Wharton School de l’Université de la Pennsylvanie, a fait grincer des dents bien des féministes en publiant un article intitulé The Paradox of Declining Female Happiness, en septembre 2007. Avec sa collègue et épouse, Betsey Stevenson, le chercheur a compilé les résultats de sondages nationaux sur le bonheur, menés aux États-Unis au cours des 35 dernières années. «Le degré de bonheur des femmes a décliné depuis les années 1970, conclut-il. C’est à se demander si le mouvement de libération leur a vraiment rendu service.»

Justin Wolfers affirme que ce mouvement a laissé croire aux femmes qu’elles pouvaient réussir sur le marché du travail sans sacrifier leur vie familiale et conjugale. Aujourd’hui, elles veulent exceller partout. Des attentes élevées qui ne peuvent mener qu’à des déceptions.

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Les féministes répliquent en chœur à cette hypothèse en dénonçant les effets pervers du «deuxième shift» des femmes, preuve que la bataille pour l’égalité des sexes n’est pas encore terminée. «On a réalisé des progrès phénoménaux sur le plan du travail, mais pour ce qui est du partage des tâches ménagères, les choses progressent beaucoup plus lentement», déplore Yolande Cohen, professeure au Département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal et membre de l’Institut de recherches et d’études féministes. «Aujourd’hui, les deux membres du couple travaillent, mais ce sont les femmes qui se tapent le deuxième shift lorsqu’elles rentrent à la maison.»

Selon Statistique Canada, les femmes consacraient en moyenne 2,4 heures par jour aux tâches ménagères en 2005, contre 1,4 pour les hommes. Il y a eu un certain rattrapage par rapport à 1986, alors que les femmes y consacraient 2,8 heures et les hommes à peine 60 minutes.

Les gars osent désormais s’aventurer davantage dans la cuisine et se risquent même à la corvée des couches. Mais le ménage et le lavage demeurent pour eux des contrées largement inexplorées. Pendant que les femmes vivent le spleen, les hommes, eux, ne se plaignent pas. Leur degré de bonheur s’est légèrement accru depuis les années 1970, indiquent les données compilées par Justin Wolfers. «Leurs femmes travaillent, ce qui leur a permis d’augmenter leur niveau de vie, explique-t-il. En même temps, leurs heures de loisir n’ont pas été trop amputées.»

«Ça semble être un cliché, mais beaucoup des femmes que je vois me disent que lorsque leur conjoint finit de travailler, il se cale dans le fauteuil devant la télé ou prend le journal, constate Jocelyne Bounader. Elles doivent leur demander à plusieurs reprises avant d’obtenir de l’aide de leur part.»

La plupart des hommes en couple aujourd’hui ont eu pour modèle un père qui se payait un repos bien mérité en soirée, pendant que sa bonne épouse s’échinait pour donner le bain aux enfants et laver la vaisselle. «Ça ne marche plus, ça, lorsque la femme rentre du travail aussi épuisée que son conjoint», poursuit Jocelyne Bounader.

L’herbe, plus verte au bureau

Trop crevés pour conter fleurette à leur partenaire à la maison, les travailleurs sont par contre nettement plus actifs au bureau, à l’usine, au chantier…

Selon Loïck Roche, sociologue, directeur adjoint de Grenoble École de Management et auteur du livre Cupidon au travail (Éditions d’Organisation, 2006), un travailleur développera une relation intime – du baiser amoureux jusqu’à une relation sexuelle – avec un membre de son entourage professionnel tous les sept ans d’ancienneté, en moyenne. Les travailleurs, dit-il en entrevue, sont de chauds lapins et les occasions de flirt au bureau sont infinies.

Une réalité loin des manufactures du début du XXe siècle, qui prévoyaient des portes d’entrée séparées pour les hommes et les femmes, et des horaires distincts pour les pauses. «Dans les années 1920, moins de 10 % de la main-d’œuvre féminine était mariée», souligne Denyse Baillargeon, professeure d’histoire à l’Université de Montréal. «Il s’agissait surtout de jeunes filles dont on voulait préserver la virginité et la moralité avec ce système de portes séparées. On craignait qu’elles en apprennent trop long sur la vie si on les laissait en contact avec les hommes.»

Les travailleurs d’aujourd’hui se fichent éperdument des convenances d’autrefois. Mieux : le bureau a remplacé les bars comme lieu de rencontre par excellence depuis que les femmes ont investi massivement le marché du travail.

Le travail est même devenu un puissant aphrodisiaque, croit Alain Samson, auteur de Sexe et flirts au bureau (Les Éditions Transcontinental, 2002). «Travailler jour après jour avec quelqu’un dont on partage les ambitions professionnelles nourrit le désir.»


guide de survie

Quelle serait la pire gaffe lors d’un party de bureau?









Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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