Alors que les filles récoltent les honneurs à l’école, un garçon sur quatre décroche avant le bal de fin d’études. Un déséquilibre inquiétant.

Samuel Pratte est une bolle. Sa moyenne générale de 90 % fait de lui, selon ses dires, le meilleur élève de cinquième à l’École secondaire L’Escale, à Louiseville.
Enfin, le meilleur parmi les gars… Car il est détrôné, et de loin, par les filles. «Certaines ont une moyenne générale de 97 %! Je n’essaie même pas de me mesurer à elles : je n’arriverai jamais à leur niveau. Pour moi, la femme est un être parfait!» proclame l’adolescent de 16 ans.
Ce genre de commentaire consterne Michel Thibeault, président fondateur de la Fondation pour Hommes, dont la mission est d’améliorer la condition masculine. À titre de responsable du programme d’aide aux devoirs à l’école primaire de Louiseville, il a souvent l’occasion de constater le fatalisme des garçons. «Quand on leur demande pourquoi les filles réussissent mieux à l’école, ils répondent : “C’est normal, ce sont des filles!” De la même façon qu’on trouvait normal, il y a 40 ans, qu’une fille soit coiffeuse et un gars, médecin... Ils sont convaincus de valoir moins qu’elles.»
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Pourtant, les filles n’ont pas plus de matière grise que les garçons. «Lorsqu’ils y mettent autant d’heures d’études, les deux sexes ont des résultats scolaires comparables, au primaire comme à l’université», remarque Jean-Claude Saint-Amant, chercheur en éducation au Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire.
L’ennui, c’est que les garçons passent moins de temps dans leurs cahiers, selon le chercheur. Leurs notes en souffrent. Ils sont aussi plus nombreux à lever le camp avant d’avoir terminé leur secondaire : en 2004, leur taux de décrochage à 19 ans était de 24,3 %, contre 13,9 % chez les filles.
La grande coupable, selon Jean-Claude Saint-Amant : l’éducation bourrée de stéréotypes que parents et enseignants transmettent encore à leurs enfants. «Les filles n’aiment pas plus étudier que les garçons. Mais très tôt, on leur apprend à maîtriser leur énergie, à s’appliquer. La lecture est valorisée dans leur éducation. Tandis que de façon générale, la culture masculine n’encourage pas l’effort des garçons à l’école. Comme on les croit dotés de plus d’énergie, on les oriente plutôt vers des activités physiques.»
L’éducation traditionnelle des garçons les pousse aussi à croire qu’ils pourront se débrouiller sans diplôme, en apprenant sur le tas. «Ils sont portés par une espèce de confiance en soi dite masculine, affirme le chercheur. Or, cette attitude peut leur nuire dans le contexte de l’économie du savoir : les emplois qu’ils occupaient autrefois sans être qualifiés, notamment dans le secteur manu-facturier, disparaissent.»
Par ailleurs, les adolescents ont du mal à voir plus loin que le bout de leur nez, remarque François Guité, qui enseigne l’anglais depuis 23 ans à l’École secondaire de Rochebelle, à Québec. «Alors que les filles se préoccupent de réussir au secondaire en vue des étapes scolaires à venir, les garçons préfèrent se consacrer à leurs loisirs.
Et des loisirs, ils en ont : Jean-Claude Saint-Amant a calculé que les garçons pouvaient allouer jusqu’à 40 heures par semaine à des activités autres que les études, dont jouer aux cartes… «C’est l’équivalent d’un travail à temps complet!»
Les filles sont plus studieuses parce qu’elles savent que sans diplôme, elles mangeront du pain noir, estime l’historienne Micheline Dumont.
«Un homme n’ayant pas fini son secondaire peut gagner 16 $ à tondre des pelouses, tandis qu’une fille qui décroche sera caissière ou vendeuse au salaire minimum.»
Jean-Claude Saint-Amant a fait le même constat au fil de ses enquêtes. «Les femmes sont obligées de s’instruire trois ans de plus pour obtenir les mêmes conditions que les hommes. Autrement dit, une diplômée du baccalauréat gagne le même salaire qu’un diplômé du collégial.»