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Dossiers chauds
Femmes au travail

La moitié gauche du cerveau

L’échec des garçons à l’école n’est pas qu’une question d’éducation. La biologie a aussi de l’influence.

par Marie-Hélène Proulx


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 3 Mars 2008


Simon Gravel, un jeune homme de 18 ans qui termine ses études à l’École secondaire L’Escale, à Louiseville, ne s’est jamais «traîné les pieds», dit-il. Quand il arrive à la maison, après l’école, il s’attelle à ses devoirs. Ses parents lui apportent beaucoup de soutien.

«Malgré tout, j’ai redoublé une année au primaire. J’avais du mal à lire. Aujourd’hui, j’ai une moyenne correcte – autour de 70 % –, mais j’ai encore des difficultés, notamment en anglais.»

Des Simon Gravel qui triment dur, Jean-Guy Lemery en a connu à la pelletée au cours de ses 32 ans d’expérience à titre d’enseignant et de directeur d’école. Convaincu que l’environnement de ces enfants n’était pas toujours responsable de leurs misères, il a cherché plus loin. Et il a trouvé des réponses du côté de la neurologie.

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«Au Québec, on essaie de tout analyser à travers le prisme de la sociologie, comme si on avait peur de penser qu’il peut y avoir des différences biologiques entre filles et garçons. Or, des études scientifiques démontrent que leur cerveau n’évolue pas de la même manière.»

Selon lui, la différence principale réside dans le fait que l’hémisphère gauche des filles se développe plus tôt que celui des garçons, alors que ces derniers développent plus tôt leur hémisphère droit. Or, l’hémisphère gauche est responsable, entre autres, des habiletés de langage, du souci du détail et des capacités d’analyse – des qualités sollicitées par les méthodes d’apprentissage en vigueur dans le système scolaire actuel.

«Du coup, les garçons sont défavorisés, puisqu’ils sont plus à l’aise dans un modèle d’expérimentation pratique et d’apprentissage visuo-spatial, centré sur le “pourquoi” des choses», explique Jean-Guy Lemery. Comme les classes sont surtout dirigées par des femmes, le «comment» des choses et les détails sont au cœur de l’enseignement. Résultat : bien des garçons s’ennuient, observe-t-il.

Ou décrochent carrément. «À l’adolescence, plusieurs ont du mal à se soumettre à l’autorité : ils veulent explorer, suivre leur propre chemin pour apprendre. Hélas! Les approches actuelles, axées sur une méthode bien définie, ne le leur permettent pas. Alors ils se désintéressent des études», remarque aussi François Guité, enseignant à l’École secondaire de Rochebelle, à Québec.

Aussi, dans son cours d’anglais, l’enseignant laisse ses élèves planifier leur année scolaire, pourvu qu’ils répondent aux objectifs pédagogiques. Ils sont libres d’assister aux ateliers en classe. «Les garçons sont comme des poissons dans l’eau dans cet environnement. Ils sortent de la classe, vont travailler au laboratoire d’informatique. Les filles sont moins à l’aise; elles se présentent à tous les ateliers et prennent en note tout ce que je dis, comme pour se raccrocher à une structure.»



Grandes championnes

En 2005-2006, le taux d’obtention du diplôme secondaire chez les filles était de 93,4 %, contre 79,7 % chez les garçons. Les Québécoises battent de loin les Canadiennes (83 %), ainsi que les filles des pays participant aux études de l’OCDE sur le rendement scolaire (80 %).

En 2005-2006, le taux d’obtention du diplôme d’études collégiales était d’une fois et demie supérieur à celui des hommes (59,6 % contre 37,3 %). Cet écart se creuse sans cesse depuis le début des années 1980.


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