Trouvez un article

Rechercher

Dossiers chauds
Florence Junca-Adenot et le financement universitaire

Facultés affaiblies

C’est connu, il y a des nids-de-poule et des ornières, des conduites d’eau qui crèvent et des viaducs qui s’effondrent. Ce qui l’est moins, c’est que l’infrastructure du «haut savoir» au Québec se retrouve dans le même piteux état que l’infrastructure de béton et d’acier. Le réseau universitaire québécois est au bord de l’implosion.

par Éric Grenier • Photo : Patrice Bériault


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 4 Avril 2008


Seulement pour disposer des mêmes ressources que les universités du reste du pays, les universités québécoises ont besoin de 450 millions de dollars de plus par année. Remettre les bâtiments dans un état satisfaisant et les ressources physiques à niveau nécessite un autre investissement d’un demi-milliard. Et des centaines de millions manquent dans les budgets de recherche. Ajoutons à cela un déficit accumulé de 400 millions…

Pour Florence Junca-Adenot, qui a été vice-rectrice aux finances de l’UQAM pendant 13 ans, l’heure n’est plus à la rhétorique, mais à l’action. Malheureusement, la professeure associée au Département d’études urbaines et touristiques du même établissement ne constate que de l’immobilisme.

Pub.

Q › Le réseau universitaire québécois est-il dans le même état que nos routes?
R ›
Il l’est, mais les conséquences sont différentes, il va sans dire… J’éviterais cependant de comparer le réseau routier au réseau universitaire. Réparer ce dernier prend beaucoup plus de temps et d’efforts. C’est un système qui est en compétition avec ceux des autres provinces canadiennes, et aussi ceux du monde entier.

La concurrence entre les universités de la planète pour attirer les meilleurs professeurs, les meilleurs chercheurs et les meilleurs étudiants est féroce. Il faudra donc consacrer beaucoup de ressources et de patience pour le remettre sur les rails.

Q › Est-il aussi en concurrence avec d’autres missions de l’État, le transport et la santé, par exemple, quand vient le temps de payer pour le réparer?
R ›
Les contribuables sont sensibles à ce qu’ils vivent au quotidien. Si vous leur posez la question, ils vous diront : «Les trous dans les rues, c’est inadmissible!» ou «Je n’arrive pas à obtenir un rendez-vous avec le médecin, c’est inacceptable.» L’université n’apparaît pas comme une priorité dans l’imagerie populaire.

Il est donc difficile de vendre la cause des universités. Mais c’est un peu une bataille de pot de terre contre pot de fer, alors que la survie des sociétés industrielles passe par le développement de la société du savoir, des compétences et du capital humain. C’est la recherche universitaire qui permet de développer de nouveaux champs d’expertise et de nouveaux projets qui seront eux-mêmes créateurs de richesse.

Les universités représentent donc un investissement fondamental pour l’avenir de la société. Sans universités fortes, il n’y a pas d’avenir pour le Québec. Et je crois que cette dynamique commence à être saisie par la population.

Q › Les Québécois ont les universités qu’ils méritent, alors?
R ›
Nous voulons avoir les meilleures universités possible, mais collectivement, nous ne faisons pas les efforts nécessaires pour maintenir notre réseau universitaire dans le peloton de tête.

Q › Donc, jusqu’à ce jour, l’enseignement et la recherche universitaires n’ont pas été pris suffisamment au sérieux par les gouvernements?
R ›
Les universités ont malheureusement été laissées pour compte au Québec. Depuis le premier effort, lors du développement du réseau dans les années 1960, et jusque dans les années 2000, ç’a été la grande noirceur.

Il y a eu des réductions budgétaires considérables dans les années 1990 et un gel des droits de scolarité. Malgré deux efforts louables, celui de 2000 – un réinvestissement récurrent de 300 millions de dollars – et celui de 2007 – 60 millions sur deux ans non récurrents –, le rattrapage est tellement important que c’est loin d’être suffisant.

Q › Quelles sont les conséquences du sous-financement du réseau universitaire québécois?
R ›
Entre 80 et 85 % des dépenses de fonctionnement des universités sont des salaires. Et de ce côté, les universités québécoises sont loin d’être dépensières : la rémunération moyenne des professeurs et des chercheurs universitaires est plus faible au Québec qu’ailleurs au Canada.

Et il est inutile de la comparer à celle des universités américaines… Nous ne pouvons pas rivaliser avec nos concurrents économiques pour obtenir les services des meilleurs professeurs et chercheurs. Nous employons moins de professeurs. Il y a donc plus d’étudiants par groupe. Il y a moins de livres dans les bibliothèques, moins de matériel informatique, d’équipement de haute technologie et de soutien à l’enseignement et à la recherche.

Aussi, le sous-financement érode la capacité de nos universités d’accéder aux fonds de recherche des organismes fédéraux. Traditionnellement, le Québec a toujours bien tiré son épingle du jeu dans ce domaine. Plus maintenant. Dans ce contexte, les meilleurs étudiants déserteront le Québec. La clientèle québécoise francophone est désormais moins captive et plus mobile qu’autrefois : elle parle aisément anglais, espagnol…

Q › Pour aller où? En Ontario, où le gouvernement réinvestit massivement dans son réseau universitaire?
R ›
L’Ontario a réalisé que les sommes colossales nécessaires au maintien d’un réseau universitaire de qualité sont un investissement vital, qui produit des diplômés, des emplois, de la recherche, de la richesse. Le gouvernement québécois, lui, investit moins dans ses universités que le gouvernement ontarien.

Et en plus, nos droits de scolarité sont gelés ou presque depuis 1994, contrairement à l’Ontario. Le gel est un choix de société qui se défend, mais il aurait fallu compenser. Ce qui n’a pas été le cas.


guide de survie


À quel point aimez-vous votre travail?








Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

NOS AIGUILLEURS