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Dossiers chauds
Otage de la bourse

Le grand mystère de la Bourse

«Marché primaire», «obligations» et «S&P/TSX» sonnent comme de l’ourdou à vos oreilles? Bienvenue dans le grand cercle des cancres de la Bourse.

Par Marie-Hélène Proulx


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 4 Avril 2008


L’ours moyen qui veut percer les secrets des marchés financiers a du pain sur la planche. Des chercheurs de haut niveau comme Marko Savor, professeur au Département stratégie des affaires de l’UQAM, consacrent leur vie à n’analyser que des aspects pointus de la Bourse – les produits dérivés, dans son cas –, pour lesquels il existe même une chaire à l’École des sciences de gestion de l’UQAM!

Leur jargon rébarbatif ne facilite guère la tâche des néophytes désireux de sortir de leur ignorance financière. «Dès son origine, la Bourse a constitué une sorte de clan pour initiés et leur langage est resté, encore aujourd’hui, un rempart rendant son accès difficile», explique François Neri, un analyste financier suisse, auteur de l’ouvrage Raconte-moi la Bourse (LEP, Lausanne, 1997).

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Sauf que la Bourse n’appartient pas qu’aux économistes patentés et aux golden boys maniaques. Elle est l’affaire de tous. La majorité des Canadiens détiennent des actions grâce à leur participation à une caisse de retraite, leur cotisation à un régime d’assurance ou l’achat de REER. Les gestionnaires de fonds de placement qui veillent sur ces sommes colossales, comme la Caisse de dépôt et placement du Québec, les compagnies d’assurance et certaines institutions financières, achètent des actions dans l’espoir de faire fructifier la cagnotte.

Cette immense machine s’active dans l’indifférence à peu près générale, déplore François Gagnon, journaliste économique et animateur au Canal Argent. «Peu de Québécois se préoccupent de leurs investissements. Paradoxalement, ils font 25 magasins pour trouver la can de bines la moins chère.»

Show me the money

Pourtant, une fois dépouillés de leur jargon, les principes de base régissant la Bourse et le système financier ne sont pas si sorciers. «Avec des connaissances de base, M. et Mme Tout-le-Monde peuvent y investir avec discernement, sans craindre d’y laisser leur chemise», soutient Marko Savor.

D’ailleurs, l’économiste Pierre Fortin aime rappeler la leçon servie par son homologue américain James Tobin. «Par ses théorèmes, il a démontré la supériorité d’un portefeuille diversifié pour un investisseur, ce qui lui a valu le prix Nobel.» Mais l’économiste américain ne comprenait pas toute cette excitation autour de ses travaux. «Il a dit que tout ce qu’il avait l’impression d’avoir démontré, c’est de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier», se rappelle Pierre Fortin.

Alors, comment ça marche? Prenons, par exemple, une usine qui fabrique des porte-clés en forme de grenouille. De Québec à Sydney, tout le monde se les arrache, si bien qu’il faut vite construire de nouvelles installations. Or, la banque ayant déjà allongé trois millions de dollars au propriétaire, elle refuse d’ouvrir encore ses goussets.

«Qu’à cela ne tienne, se dit le propriétaire, il se trouve sûrement des gens qui croient assez au succès de mes porte-clés pour y investir». C’est alors qu’il met en vente des actions de sa compagnie. Il peut les offrir à des membres de son entourage; c’est ce qu’on appelle du financement privé.

S’il n’a pas d’amis suffisamment riches pour l’aider, il peut rejoindre un plus grand bassin d’investisseurs potentiels en lançant un appel au public. Pour ce faire, il a besoin d’un courtier, qui lui préparera un «premier appel public à l’épargne» (PAPE). Le fait d’émettre pour la première fois des actions s’appelle «une transaction sur le marché primaire». Ces transactions n’ont pas lieu à la Bourse comme telle. Ce sont les firmes de courtage qui s’occupent de dénicher des investisseurs parmi leurs clients.

Les investisseurs qui en achètent deviennent alors copropriétaires de l’usine, leur pouvoir dans l’entreprise étant proportionnel à la quantité d’actions détenues. «La vente d’actions pour obtenir des capitaux est une façon, pour l’entrepreneur, de ne pas prendre le risque financier sur leurs seules épaules», explique Martin Boyer, professeur au Service de l’enseignement de la finance à HEC Montréal.

C’est le charme de l’affaire : une fois les investisseurs séduits, le propriétaire n’a pas à leur rembourser les deux millions de dollars amassés par la vente d’actions. Cependant, s’il veut continuer à attirer des investisseurs, il a intérêt à verser aux détenteurs d’actions une part des profits réalisés par l’entreprise – les fameux dividendes.


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