Q › Comment un immigrant peut-il séduire un employeur?
R › En lui montrant sa connaissance du Québec. L’entrevue d’embauche est l’occasion de se présenter et de parler des voyages qu’on a effectués dans la province. Si notre futur employeur vient de Matane, et qu’on est déjà allé au Festival de la crevette, on lui dit! Les barrières entre vous vont tomber.
L’immigrant ne doit pas se contenter d’apprendre le français. Il doit s’approprier la culture québécoise. Les employeurs préfèrent les candidats qui ne sont pas trop loin d’eux culturellement. S’entourer d’un personnel qui partage la même culture que soi tient d’un besoin de sécurité, qui est universel.
Q › Ne faut-il pas donner un coup de pouce aux immigrants, en ayant recours à la discrimination positive?
R › Je suis partagé sur cette question. Personnellement, je n’aimerais pas être embauché parce que je suis noir. Je veux être sélectionné pour mes compétences. Mais en tant qu’employeur, j’ai déjà fait, en quelque sorte, de la discrimination positive. Pour mon spectacle, j’ai recruté un jeune sans expérience. Je voulais lui donner une chance.
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Q › À embrasser ainsi la culture de l’autre, n’y perd-on pas ses racines?
R › Je me sens souvent écartelé entre mes deux appartenances. À la blague, je me qualifie souvent de «Québécois pure laine ethnique de souche» ou de «ceinture fléchée sixième dan pure laine vierge de mouton noir». Plus sérieusement, je me définis comme un baobab recomposé : un arbre dont les racines sont africaines, dont le tronc est sénégalais et le feuillage, québécois.
Quand je dois planifier une expérience ou un projet professionnel, c’est le Québécois, très rationnel, efficace, organisé et ponctuel (j’ai appris, ici, à le devenir!), qui s’active. Mais lorsqu’une crise de relations humaines survient, c’est Boucar l’Africain qui prend le relais. Je me crée un arbre à palabres artificiel et je m’assois avec la personne pour parler du problème.
Q › Le Québec bénéficie de votre riche bagage d’immigrant. Mais dans ce flux migratoire, l’Afrique n’y perd-elle pas au change? Le continent est aux prises avec un exode des cerveaux.
R › Le Sénégal a plus de cerveaux qu’il ne peut en absorber. À quoi sert un Sénégalais bien formé, mais au chômage? Il vaut mieux qu’il travaille dans un autre pays et qu’il envoie de l’argent à sa famille, au Sénégal. Au moins, les gens vont manger.
Les problèmes de l’Afrique ne se résument pas à l’exode des cerveaux. Ce continent est gangrené par la corruption et souffre d’un endettement chronique et d’une nature peu généreuse.
Mon pays d’origine, je l’aide autrement qu’en y travaillant. Depuis 17 ans, j’envoie de l’argent à ma famille [il a 9 frères et sœurs, mais son père polygame a, au total,
4 femmes et 19 enfants]. Partout où je vais, je parle du Sénégal.