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Dossiers chauds

Seuls sur la terre (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 5 Mai 2008


Pierrette Desrosiers partage les constats de Ginette Lafleur. Depuis 10 ans, cette conférencière, formatrice et psychologue du travail recueille les confidences des fermiers, qui n’ont pourtant pas la réputation de s’épancher aisément.

«Il y a quelques années, parler de santé mentale était tellement tabou dans ce milieu que je devais quasiment payer pour donner des conférences dans les colloques de l’Union des producteurs agricoles, se souvient-elle. Les organisateurs ne voulaient pas que je mentionne mon titre de psychologue et je devais enlever le mot stress dans le titre de ma conférence pour ne pas faire peur aux fermiers!» Aujourd’hui, elle ne suffit plus à la tâche : chaque semaine, elle décline deux ou trois demandes de consultation. Certains font cinq heures de route pour la rencontrer. «Je ne compte plus les fois où des agricultrices en larmes m’ont abordée dans les toilettes alors que je donnais une conférence. Elles avaient désespérément besoin d’être écoutées.»

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Depuis quelques années, la psychologue constate que le découragement guette même les agriculteurs les plus optimistes, ceux considérés comme des leaders dans leur communauté. «Ils ont perdu l’espoir de sortir leur entreprise du marasme financier», dit-elle.

Choux maigres

Les problèmes d’argent arrivent en tête de liste des causes menant à la détresse psychologique chez les fermiers, révèle le rapport réalisé par Ginette Lafleur à partir du sondage distribué aux agriculteurs en 2005.

Et il y a de quoi se faire du mouron. Les revenus d’une bonne partie des producteurs – les éleveurs de bœufs et de porcs, entre autres – sont à la baisse, en raison de la vive concurrence internationale et de la hausse du dollar canadien.

Quand il ne s’agit pas de crises sanitaires comme celles de la vache folle ou encore du circovirus porcin, qui a tué un porcelet sur cinq en 2005 et 2006…

La situation est telle que le tiers des entreprises agricoles québécoises sont incapables de couvrir leurs dépenses.

Et les coûts de production gonflent à vue d’œil. «Tout augmente depuis quelques années : diesel, électricité, machinerie, moulée, fertilisants, pesticides [NDLR : ce que les agriculteurs appellent les intrants]», constate Jeanne Gosselin, agronome et conseillère en gestion depuis 15 ans. «Ce qui fait que l’étau se resserre.»

Le décalage entre les revenus des agriculteurs et les coûts de production est si important que le Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles – une espèce d’assurance salaire pour les fermiers, subventionnée aux deux tiers par les contribuables – a dû leur verser des compensations de 5,5 milliards de dollars depuis 10 ans.

L’inflation des intrants «casse aussi le party» des fermiers dont les revenus sont stables ou à la hausse, pour reprendre les mots de Robert Stephenson, un producteur de grandes cultures de Sainte-Marthe de Rigaud, près de la frontière ontarienne. «Oui, les prix du maïs et du blé atteignent des records. Mais nos fournisseurs haussent leurs prix pour profiter de la manne, ce qui mange une bonne partie de notre marge de profit.»

Le bénéfice net moyen des producteurs agricoles est d’ailleurs famélique : à peine 20 000 $ par ferme, par année selon Statistique Canada. «Pour une miche de pain à 2,50 $ au supermarché, seulement 7 à 10 cents reviennent à l’agriculteur», affirme Wayne Stephenson, qui gère l’entreprise de Sainte-Marthe de Rigaud avec son frère Robert. Le reste est avalé par les fournisseurs d’intrants, les distributeurs, les transformateurs, les commerces d’alimentation. «Les agriculteurs sont comme les veaux qui se font parasiter par les maringouins dans le champ», ironise-t-il.

Pour boucler leur budget, la plupart ont un deuxième boulot et s’appuient sur le salaire d’un conjoint. Robert Stephenson, par exemple, fait du déneigement pendant l’hiver, tandis que Wayne, qui est aussi agronome, enseigne l’agriculture à temps plein au Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu. D’ailleurs, 62 % du revenu total moyen des familles d’agriculteurs provient d’un autre secteur que l’agriculture.

Jonglant avec plusieurs emplois, souvent incapables de se payer des employés qui sont, de toute façon, difficiles à recruter en raison des salaires peu compétitifs, les agriculteurs besognent jusqu’à 100 heures par semaine. «On est à l’étable à six heures, sept jours sur sept, et l’été, on ne rentre à la maison qu’une fois la nuit tombée, complètement vidés», raconte Lynn Lecompte, 28 ans, qui gère une ferme laitière à Vaudreuil-Dorion avec son conjoint, Simon Séguin. Et les vacances? «On part une fin de semaine par année, début septembre.»

La gestion de l’offre

La gestion de l’offre est un mécanisme mis en place dans les années 1970 qui permet d’arrimer la production de certains aliments – le lait, la volaille et les œufs – aux besoins des consommateurs canadiens. Les fermiers assujettis à ce système doivent acheter un droit de produire – les fameux «quotas». Plus élevé est le quota d’un producteur laitier, par exemple, plus grande est la quantité de lait qu’il peut vendre.

Ces agriculteurs ont l’obligation d’approvisionner d’abord le marché canadien avant de penser à exporter leurs produits; en contrepartie, l’importation de denrées qui pourraient leur faire concurrence est découragée par des tarifs douaniers exorbitants (jusqu’à 300 % pour du beurre étranger, entre autres). Environ 40 % de la production agricole au Québec est soumise à la gestion de l’offre.


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Québec

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Situation de l’emploi :
Défavorable

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