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Dossiers chauds

Le diable est aux vaches (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 5 Mai 2008


Un projet qui nécessite le plein appui des consommateurs, qu’il appelle citoyens mangeurs. «Il faut sensibiliser les gens à acheter localement, à fréquenter les marchés publics, à s’approvisionner dans nos campagnes, dit-il. L’État pourrait donner l’exemple en instaurant des politiques d’achat de produits locaux dans les pénitenciers, les hôpitaux, les édifices gouvernementaux.» Reste à voir si les consommateurs emboîteront le pas. «C’est le prix qui guide l’achat des aliments, et non leur provenance, remarque Diane Parent, professeure au Département des sciences animales de l’Université Laval. Sur les rayons d’épicerie, la fraise de Californie part toujours plus vite que celle de l’île d’Orléans! Et puis, les gens vont-ils se rendre systématiquement au marché public pour s’approvisionner? J’en doute.»

«Aujourd’hui, 90 % de la distribution alimentaire se fait dans les supermarchés, dit Michel Morisset. Les Québécois mangent surtout des produits transformés. Alors, espérer qu’ils se rendront en masse dans les marchés publics chercher des bottes de radis crus relève de l’utopie, voire de la nostalgie du bon vieux temps.»

Deux poids, deux mesures

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Denis Bilodeau, deuxième vice-président principal de l’Union des producteurs agricoles (UPA, l’unique syndicat des fermiers), doute aussi que la ferme familiale orientée vers les produits du terroir puisse redevenir le cœur de l’agriculture québécoise.

«On peut difficilement se passer de la production de masse. Pour tenter d’offrir aux consommateurs des produits à des prix équivalents à ceux des Américains, il faut faire comme eux.» Certains producteurs de porcs aux États-Unis ont jusqu’à 20 millions de têtes. Au Québec, 90 % des fermes familiales porcines comptent 2 500 porcs et moins.

Toutefois, il estime que l’agriculture à petite échelle aurait de meilleures chances de survie si la façon dont les aides financières à l’agriculture sont distribuées aux fermiers était révisée. «Il y a lieu d’être plus équitable vis-à-vis des petites entreprises. Certains gros producteurs reçoivent du soutien de l’État alors qu’ils n’en ont pas vraiment besoin», remarque-t-il. Un exemple : 8 % des grands producteurs de bouvillons récoltent plus de 60 % des compensations du Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles!

Selon le rapport Pronovost, cette mauvaise distribution des ressources est due aux modes de calcul de la Financière agricole, l’organisme qui gère les aides gouvernementales à l’agriculture. En tenant compte de la productivité réelle des entreprises au moment d’établir la somme des versements, l’organisme sauverait 150 millions de dollars par année. Une somme qui pourrait aller dans les poches des fermiers de la relève, par exemple. Pour le moment, seuls 60 % des agriculteurs en démarrage reçoivent une subvention.

«On peut difficilement se passer de la production de masse. Pour tenter d’offrir aux consommateurs des produits à des prix équivalents à ceux des américains, il faut faire comme eux.»
— Denis Bilodeau, deuxième vice-président principal de l’Union des producteurs agricoles

«Les programmes d’aide financière favorisent plutôt les gros producteurs agricoles bien établis parce que ces derniers sont mieux représentés dans les structures décisionnelles de l’UPA, un lobby omnipotent qui préside le conseil d’administration de la Financière agricole, soutient Éric Proulx.

D’ailleurs, la Commission Pronovost recommande dans son rapport de revoir la composition du conseil d’administration de la Financière agricole – 5 des 11 membres sont désignés par l’UPA. Aussi, elle souhaite la fin du monopole de l’UPA afin que les petits producteurs, comme Éric Proulx, puissent trouver voix au chapitre.

Beaucoup de fermiers déplorent aussi le fait que seuls 17 types de production soient admissibles au Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (le maïs-grain, le veau et le porc reçoivent 64 % des compensations!). Les producteurs de fruits et de légumes, de sirop d’érable, d’animaux à fourrure et de miel sont exclus, entre autres. Et bien peu de producteurs biologiques ont de l’aide financière de l’État, même si la consommation de bio est en forte croissance.

Simon Audette est bien placé pour le savoir, lui qui a largué, à la fin des années 1980, ses 1 000 acres de grandes cultures et ses gros tracteurs pour se lancer dans la culture sur billon de maïs et de soya biologiques.

«Je passais pour un illuminé, se rappelle le fermier de La Présentation, près de Saint-Hyacinthe. Je n’ai jamais réussi à obtenir un sou de la Financière agricole pour mes projets; on me disait que mon entreprise était trop risquée, que je ne serais pas rentable. Pourtant, elle soutient un paquet de productions déficitaires!»

Aujourd’hui, il dit faire dix fois plus d’argent qu’à l’époque où il endossait ce qu’il appelle le «modèle UPA», celui de la grosse entreprise. «À ce moment, ça me coûtait 1 000 $ en frais fixes par jour, avant même d’avoir allumé une lumière! Je n’étais plus un agriculteur, mais un opérateur agricole à la solde des compagnies d’intrants [engrais, pesticides, diesel, etc.].»

En diminuant la taille de son entreprise – il ne cultive plus que 50 acres –, il a aussi gagné en qualité de vie. «Je travaille moins, j’ai plus de temps à consacrer à mes enfants et à mes loisirs. Avant, j’étouffais. J’ai perdu en prestige, mais j’ai retrouvé la passion de mon métier!» Source : Statistique Canada.


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