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Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 5 Mai 2008

Dans une étude qu’il a réalisée, Freezing in the Dark: why Canada needs Strategic Petroleum Reserves, Laxer montre que le Canada exporte 67 % de son pétrole aux États-Unis. En conséquence, 90 % des besoins de pétrole du Québec et de l’Atlantique sont assurés par des pays étrangers, en l’occurrence l’Algérie, l’Irak et l’Arabie Saoudite, des partenaires pas trop stables... «Quand un autre pays contrôle vos ressources naturelles, vous êtes de fait une colonie», insiste Gordon Laxer.

Cette clause met aussi des bâtons dans les roues au Canada en matière d’environnement en l’obligeant à maintenir son niveau de production de pétrole pour satisfaire à la demande des voisins, même s’il réduit sa propre consommation.

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L’ALE a-t-il été mal négocié par le Canada? C’est ce que pense Dorval Brunelle, sociologue et directeur de l’Observatoire des Amériques de l’UQAM. Les Américains y sont allés de manière plus stratégique et ont su protéger leurs intérêts nationaux, contrairement aux négociateurs canadiens, bercés d’idéalisme. «On a été étonnamment stupides. Même un pays sous-développé n’aurait jamais signé la clause de proportionnalité!»

De plus, les États-Unis ont réussi à maintenir toutes sortes d’entraves à la circulation de marchandises et de services qu’on n’avait pas prévues. «La Buy American Act oblige les États à accorder un avantage aux entreprises locales : au Canada, nous avons abandonné ça…», poursuit Dorval Brunelle.

Il faut remettre les choses en perspective, juge cependant Patrick Leblond. Tout n’est pas si noir. Le conflit du bois d’œuvre et celui de la vache folle – dont les secteurs comptent pour moins de 6 % des échanges – ne sont pas représentatifs de nos relations avec les Américains. «Les accords commerciaux donnent lieu à des négociations pour harmoniser des normes. Les Américains en mènent large, mais ils n’abusent pas de leur pouvoir aux dépens du Canada.»

Quoi qu’il en soit, nous resterons mariés aux États-Unis pour un bon bout de temps, pour le meilleur et pour le pire. Reste à trouver les moyens de garder un peu d’indépendance. «Tout en gardant un œil sur l’Europe, pourquoi ne pas prendre davantage notre place sur le continent?» demande Dorval Brunelle.

Depuis quelques années, des accords bilatéraux ont été conclus avec le Chili et le Costa Rica. Des négociations sont en cours avec le Pérou et la Colombie.

«Une autre manière de ne pas placer tous nos œufs dans le même panier, estime Patrick Leblond, est d’œuvrer au sein de l’Organisation mondiale du commerce pour la libéralisation des échanges commerciaux.»

Ainsi, en multipliant les relations «extraconjugales», la souris gagnerait un peu d’espace au lit et réduirait les risques d’être écrasée par le pachyderme…


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