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Plantés! (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 6
juin-juillet 2008

L’ordi «poignée de porte»

Les concepteurs de nouveaux systèmes d’exploitation (les mégalogiciels qui servent de plateforme à tous les autres) ne font pas tellement plus d’efforts pour nous simplifier la vie. Périodiquement, ils redessinent les icônes pour les rendre plus jolies, sans plus. Tant pis pour Mme Tartampion, qui ne sait toujours pas pourquoi la souris de son PC a deux boutons, et non un seul.

«En changeant notre Windows XP pour Windows Vista, on nous promet une simplicité d’utilisation accrue», dit Michel Dumais, observateur en nouvelles technologies et animateur de l’émission Citoyen numérique, sur les ondes de CIBL. «En réalité, l’amélioration est marginale.»

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Il rêve du jour où l’ordinateur sera aussi simple d’utilisation qu’un grille-pain qu’on branche dans le mur, encore mieux, qu’une poignée de porte! On ne peut toutefois pas s’attendre à des miracles, dit-il, tant qu’on travaillera dans un environnement WIMP – Windows (les fenêtres), Icons (les icônes), Menus (les menus déroulants) et Pointing device (la souris).

Cet environnement offre déjà une nette amélioration par rapport à ce qui existait aux débuts de la micro-informatique, mais ce n’est rien comparativement à ce que nous réserve le futur.

Les surfaces tactiles multipoints (qui existent déjà sur le téléphone iPhone où l’on peut placer ses doigts à un endroit précis sur l’écran et les écarter pour agrandir une section du texte) pourraient bientôt nous débarrasser de la souris. Les systèmes de reconnaissance de la voix se perfectionnent aussi et pourraient un jour signer l’arrêt de mort du clavier. «On vise à effacer la frontière entre le monde numérique et le monde physique», explique Michel Dumais.

Gilles Létourneau dit voir autant des dames Âgées qui montent leur propre site web que des jeunes ados incapables de faire une recherche dans Google. «Quand je vois ça, je me dis que mon avenir est assuré.»

Quelques prototypes d’ordinateurs simplifiés, conçus pour les personnes âgées, ont déjà vu le jour. Ils ne comprennent qu’un écran, sans clavier ni souris. On peut s’en servir pour envoyer des messages textes ou vidéo, visionner des photos, etc.

Mais ces systèmes sont plutôt rudimentaires. Par exemple, ils utilisent des écrans tactiles de type monopoint, ce qui signifie qu’on ne peut toucher l’écran qu’à un endroit à la fois. Les surfaces multipoints offriront une expérience beaucoup plus organique.

Avant d’accoucher de l’ordinateur «poignée de porte», les concepteurs ont encore bien des croûtes à manger. «Faire interagir l’humain avec un paquet de microprocesseurs n’est pas une chose simple, souligne Michel Dumais. Ce ne sera pas avant plusieurs années qu’on pourra s’emparer des technologies informatiques en quelques instants, sans avoir suivi une formation de base.»

L’élastique technologique

Les utilisateurs, ainsi, devront continuer à se battre, du moins à fournir quelques efforts. Or, plusieurs refusent obstinément de surmonter leur incompétence technologique. «C’est étonnant de voir comme les gens sont prêts à payer pour faire régler quantité de problèmes très simple», constate Gilles Létourneau.

Arriver chez un client pour constater qu’un fil était mal branché, il a vu. «On dirait que les gens paralysent lorsqu’il est question d’informatique.»

Les employés de grandes organisations seraient particulièrement dépourvus. Trop gâtés par le service informatique interne, ils n’ont jamais appris à se débrouiller eux-mêmes.

Sylvain Bouchard, responsable de l’équipe de techniciens qui dessert les professeurs, chargés de cours et employés de l’UQAM, le constate quotidiennement. Une agente de programme vient de changer d’Office 2000 à Office 2007 et ne trouve plus la petite icône qui sert à imprimer? Elle appelle! Sa barre d’en-tête Outlook n’est plus tout à fait comme avant? Un autre appel!

«Il y en a qui exagèrent», tonne Karine, qui travaille à temps partiel au sein d’une organisation dont elle préfère taire le nom. «Il y a quelques années, je suis partie en croisade pour expliquer à mes collègues comment utiliser la fonction “suivi des corrections” dans Word. Moi-même, je suis une techno-nulle et j’ai appris à m’en servir! Pourtant, ma patronne m’a dit que son élastique technologique était déjà étiré au maximum et qu’elle refusait d’apprendre. C’est moi qui dois me taper l’entrée de corrections écrites à la mine sur des copies papier qui peuvent faire six ou sept allers-retours parmi les membres de l’équipe.»

L’âge ne semble pas être une excuse. Gilles Létourneau dit voir autant des dames âgées qui montent leur propre site Web que des jeunes ados incapables de faire une recherche dans Google. «Quand je vois ça, je me dis que mon avenir est assuré.»

Pour les techniciens l’avenir semble donc rempli de promesses. Pour les autres? Il y a fort à parier qu’ils continueront à se frapper la tête contre le mur. «Même si les impacts sur la productivité n’ont pas été démontrés, les travailleurs n’ont pas le choix de s’y mettre, dit Richard Rosenberg. Leurs collègues et leurs clients ont des attentes et ils risquent de perdre des clients s’ils envoient leurs factures par télécopieur plutôt que d’offrir le paiement en ligne. C’est la loi de la sélection naturelle.»

Dans la jungle informatique, il n’y a pas de place pour les techno-nuls.


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