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Dossiers chauds
Les techno-nuls

Erreur système

Tous les dinosaures ne se sont pas éteints. Dans certaines professions, on gratte encore le papier et l’on considère la machine à café comme un produit de haute technologie. Comment a-t-on pu manquer le virage informatique? Par manque de vision, d’argent… ou parce que c’est la loi!

par Dominique Forget


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 6
juin-juillet 2008


Il faut du muscle pour être avocat. Suffit de se pointer dans le hall d’un palais de justice pour constater les prouesses athlétiques auxquelles se livrent les gens de droit. Chacun trimballe un, sinon deux immenses porte-documents noirs, que l’on devine lourdement chargés. Les avocats âgés sont plus malins. Plusieurs installent des systèmes de roulettes sous leur attaché-case.

Daniel, avocat dans un grand bureau de la région de Montréal, est l’un de ces hommes à valise. Que transporte-t-il au juste? C’est simple! Une copie de tous les actes de procédures intentées contre son client; la correspondance qu’il a entretenue avec l’avocat de la partie adverse, soigneusement imprimée; les pièces de la preuve (factures, déclarations de revenus de son client, rapports d’expertise médicale, etc.); un exemplaire du Code civil; quelques documents de jurisprudence. «Je fais toujours une copie pour moi, une pour la partie adverse et une autre pour la cour», précise-t-il.

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Une fois le procès terminé, Daniel archive le dossier papier de son client dans d’innombrables chemises, pour une période minimale de cinq ans.

Quand je lui demande s’il a déjà songé à remplacer son attaché-case par un ordinateur portable et les copies destinées à ses confrères par des CD, Daniel me regarde comme si je venais d’atterrir d’une autre planète. «Tout doit se faire par papier. C’est la loi!»

Oui… et non, nuance Me Geneviève Lefebvre, responsable du Service de l’inspection professionnelle au Barreau du Québec. C’est vrai que la loi oblige les avocats à conserver leurs dossiers cinq ans après la date de fermeture. Ce que plusieurs ignorent, c’est qu’ils ont la liberté de choisir le support qui leur convient. «Dans la mesure où l’on peut assurer la protection des données, il est tout à fait envisageable d’archiver ses dossiers et les pièces sous format numérique.»

Quelques grands bureaux ont déjà franchi le pas du «sans papier», assure Me Lefebvre. La correspondance entre les parties se fait par courriel sécurisé et se classe automatiquement dans le dossier numérique approprié. Daniel, qui n’a que 31 ans, préfère encore dicter ses lettres à sa secrétaire. Il se défend d’être allergique à la technologie. «J’utilise un dictaphone numérique et j’envoie les fichiers audio par courriel à ma secrétaire!» déclare-t-il fièrement.

Ne soyons pas trop durs avec Daniel. Son cas est loin d’être une exception. Tous les avocats rencontrés par le Magazine Jobboom étaient adeptes du dictaphone, de la photocopieuse et des perforateurs à papier.

«Les quelques avocats qui se présentent à la cour avec un seul ordinateur portable ne représentent encore qu’une minorité», concède Me Geneviève Lefebvre. Et même ceux-là doivent trimballer une copie papier de leur dossier, pour la remettre à la cour. Cette dernière n’accepte pas les formats numériques. «Ça ne devrait pas tarder, espère-t-elle. Déjà, les tribunaux de l’Alberta, de l’Ontario et de la Colombie-Britannique acceptent le dépôt de procédures par Internet. Au Québec, ce n’est pas la volonté qui manque, mais l’argent pour mettre les systèmes en place.»


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