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Les avocats ne sont pas seuls à affectionner les chemises de rangement. Les médecins aussi en sont friands. Ils y entassent des griffonnages (leurs notes cliniques), des résultats de laboratoire, des radiographies, et quoi encore. «Ce qui complique les choses, c’est que les cliniques et les centres hospitaliers sont de plus en plus spécialisés», souligne le Dr Jacques Ricard, directeur de la planification et de la régionalisation à la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. «Un patient consulte un spécialiste dans une clinique, passe un test sanguin dans un CLSC, puis un scan dans un hôpital. Son dossier se retrouve éclaté entre plusieurs salles d’archivage.»
Pour le médecin de Québec qui veut connaître les résultats des examens que son patient a subis l’an dernier sur la Côte-Nord, mieux vaut s’armer de patience. Ce sont des heures de plaisir que sa secrétaire devra passer au téléphone ou devant le télécopieur. «Il arrive que les médecins se découragent et fassent répéter des examens que leur patient a déjà subis», révèle le Dr Ricard.
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Le gouvernement a cru faire un pas dans la bonne direction en équipant d’ordinateurs tous les médecins membres d’un groupe de médecine familiale (GMF). Comme ces médecins travaillent en réseau avec le Centre de santé et de services sociaux et les centres hospitaliers de leur région, on croyait favoriser l’échange d’information.
Erreur. Les logiciels qui auraient permis aux médecins de consulter les résultats de laboratoire ou d’imagerie de leurs patients n’ont jamais été développés. «À la blague, on dit que les écrans d’ordinateur dans les GMF servent à y coller des Post-it», raconte le Dr Ricard.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux ne baisse pas les bras. Avec le Dossier Santé Québec (un projet de 562 millions de dollars, en parti payé par le fédéral), il compte doter chaque Québécois d’un dossier électronique d’ici à 2010. S’y trouveront la liste de nos médicaments, les résultats de nos examens de laboratoire et d’imagerie diagnostique, la liste de nos allergies et notre dossier de vaccination. Les données seront conservées dans d’immenses serveurs sécurisés; les médecins y auront accès à partir de leur ordinateur.
Le défi n’est pas mince. Il faudra bâtir des interfaces permettant à chacun des systèmes informatiques existants de communiquer entre eux.
Ce n’est qu’un début, souhaitent les adeptes de la technologie. On rêve déjà d’un dossier médical électronique complet, où l’on trouverait les notes cliniques du médecin.
Le GMF de Montmagny a déjà fait le pas. Le Dr Jean-François Rancourt a lui-même monté un réseau entre les cliniques, les laboratoires et les centres hospitaliers de la région. Toute l’information sur un patient est accessible en quelques clics de souris. «Les secrétaires ne perdent plus de temps à courir après des papiers. Elles en profitent pour taper les notes cliniques que les médecins dictent au dictaphone. Personnellement, j’estime économiser 40 minutes par jour.»
Mais le Dr Rancourt, c’est un peu le Dr Miracle. «C’est un mordu des technos, dit le Dr Ricard. On ne peut pas s’attendre à ce que les autres GMF aillent aussi loin.»