Dossiers chauds

Erreur système (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 6
juin-juillet 2008

Sous la moyenne

Des zélés de l’informatique, il y en aura toujours, dans toutes les professions. À l’école Jacques-Rocheleau de Saint-Basile-le-Grand, Véronique Filion a mis au point un portail informatique accessible à ses élèves, à partir de la maison. «Les parents peuvent vérifier le travail à faire et les élèves peuvent m’envoyer leurs devoirs directement en ligne.»

Quant à Nadine Tanguay, enseignante de mathématiques à l’école secondaire Chavigny, à Trois-Rivières, elle a troqué le tableau noir contre le tableau électronique, branché à son portable.

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Mais pour ces deux techno-freaks, combien d’enseignants boudent obstinément l’ordi? «Il faut être juste», nuance François Larose, professeur au Département d’enseignement préscolaire et primaire à l’Université de Sherbrooke. À sa connaissance, il n’existe aucun enseignant au Québec qui ne navigue pas régulièrement dans Internet pour mettre à jour le contenu de son cours. Et tous ont recours à l’informatique pour compiler leurs notes et les transmettre à la direction. En classe, c’est autre chose.

Les enseignants du primaire se servent couramment des ordinateurs (on trouve deux postes branchés par classe en moyenne au Québec) pour inciter leurs élèves à faire de petites recherches dans Internet. Certes, le parc informatique des écoles est désuet; le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport a promis d’investir 30 millions de dollars par année pour le moderniser. En outre, quelques écoles en région éloignée n’ont pas encore accès à Internet haute vitesse, faute de technologie disponible. La situation devrait être réglée d’ici à 2010 en vertu du programme Villages branchés du Québec. En attendant, on s’accommode des moyens du bord.

Au secondaire, puisque les professeurs et les élèves changent sans cesse de classe, les salles de cours ne sont généralement pas équipées de postes informatiques. Les professeurs se servent plutôt d’un projecteur à l’avant de la classe pour montrer un extrait vidéo, une présentation PowerPoint, une page Web, etc. Ce n’est pas le pactole.

Serait-ce souhaitable que les professeurs du primaire et du secondaire aient davantage recours aux technos dans le cadre de leurs cours? Les écoles devraient-elles toutes imiter celles de la Commission scolaire Eastern Townships, la seule au Québec à fournir à tous ses élèves et à chaque membre du personnel un ordinateur portatif? François Larose se dit plutôt favorable à l’idée, bien qu’aucune étude n’ait encore été réalisée pour évaluer le ratio optimal ordi-élève dans les écoles.

Les technologies de l’information, dit-il, ont le potentiel de stimuler l’intérêt des élèves, adeptes de jeux vidéo, iPod et autres environnements numériques. Quelques cancres pourraient être rescapés de l’échec. «À une condition : il faut que le ministère fournisse aux professeurs du matériel didactique bien monté, et adapté aux programmes.»

Ces outils devraient être modulables, selon les besoins et les stratégies pédagogiques des enseignants. Ils devraient aussi permettre une bonne dose d’interactivité. Ça ne sert à rien de transposer le manuel en format pdf!

Pour l’instant, il existe très peu de matériel pédagogique informatisé adapté au programme québécois. Les profs qui veulent s’aventurer sur ce terrain doivent bâtir eux-mêmes le contenu numérisé. Disons que ce sont surtout les techno-freaks qui choisissent d’y consacrer du temps.

Étonnamment, ce ne sont pas les plus jeunes enseignants qui expérimentent le plus. «Leur évaluation est réalisée, entre autres, par les plus vieux professeurs, explique François Larose. Si un jeune se fait dire d’y aller mollo avec les expériences novatrices par un collègue plus vieux qui n’a pas envie de changer ses façons de faire, il risque de s’en tenir à la craie.»

Autrement dit, don’t rock the boat. Rien de pire pour un dinosaure que de se faire souffler dans le cou par un vent de modernité.


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