Certains se pavanent avec leur dernier gadget à la mode. Eux clament haut et fort leur nullité technologique. Rencontre avec quatre débranchés.

«Personne ne m’a jamais enseigné à me servir de ces machines-là. Lorsque j’ai commencé mes études, nous utilisions encore des règles à calcul», plaide pour sa défense l’homme de 75 ans qui continue à se rendre au boulot quelques jours par semaine pour le plaisir de la recherche.
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Son bureau y est libre de tout ordinateur : il effectue ses calculs statistiques à la calculatrice et au crayon! «Par contre, si je dois faire un calcul complexe comme une régression du deuxième ou du troisième degré, je vais voir un collègue», avoue le chercheur rattaché à la Chaire Fernand-Dumont sur la culture du Centre Urbanisation, Culture et Société.
Jean-Paul Baillargeon ne le cache pas : il doit une fière chandelle à ses collaborateurs qui prennent également en charge son courriel, saisissent ses textes à l’ordinateur et lui donnent accès aux différentes publications dans Internet. «Je suis comme un homme en fauteuil roulant qui demande aux autres de le faire avancer.»
Ne serait-ce pas plus simple d’apprivoiser l’informatique? «À 75 ans, il ne me reste pas beaucoup d’années actives, ça ne vaudrait pas la peine.» De toute façon, il se débrouille très bien présentement, lui qui a donné une communication pas plus tard qu’en mai dernier au congrès annuel de l’Association francophone pour le savoir. Une communication rédigée à la main, évidemment.
«Je trouve ça antipersonnel.» Parmi les quelque 600 élèves de son cégep, il est le seul à faire son choix de cours en personne, et non par Internet, session après session. «Je préfère aller voir la conseillère d’orientation. Elle peut me guider selon mes goûts et ma personnalité, ce n’est certainement pas un ordinateur qui ferait ça», explique Martin Bérubé.
Pour lui, les nouvelles technologies prennent beaucoup trop de place dans notre vie. «C’est rendu que les célibataires se rencontrent par Internet. Les gens ne se draguent plus entre quatre yeux, mais entre deux écrans!»
Même s’il préfère s’en passer, Martin Bérubé possède un ordinateur, notamment pour écrire ses travaux scolaires, qu’il tape à la vitesse «petit v», un majeur à la fois. Il consulte également ses courriels une fois par semaine, comme une corvée ménagère. «Et encore, une fois par semaine seulement lorsque ça me tente. Sinon, ça va à la semaine suivante», explique-t-il.
«Ce n’est pas que je n’aime pas l’informatique!» Non, mais…
Une techno-nulle qui possède un site Web? «En fait, c’est une de mes amies qui a créé le compte pour moi», précise la jeune chanteuse pas du tout gênée de la chose. Elle a bien essayé de le faire elle-même pendant près d’un mois, mais un mystérieux «bogue» en a décidé autrement.
«Mon problème est que je ne suis pas débrouillarde pour deux sous avec les ordinateurs, j’abandonne au moindre pépin, explique-t-elle. Heureusement, je suis entourée de gens doués qui peuvent m’aider lorsque j’en ai besoin.»
C’est d’ailleurs sa petite sœur qui lui a ouvert son compte Hotmail il y a quatre ans après avoir décidé qu’il était grand temps que sa frangine universitaire arrive au XXIe siècle et se munisse d’une adresse de courriel! «M’adapter aux nouvelles technologies me prend vraiment du temps.»
Évidemment, Julie Hamelin peut faire certaines choses par elle-même sur un ordinateur. «Je peux écrire un texte dans Word», lance-t-elle sur un ton mêlant fierté et ironie. «Mais il ne faut pas me demander de le formater pour qu’il soit beau», prévient-elle en riant.
En fait, il est l’un des rares du milieu artistique québécois à encore recevoir ses textes par télécopieur et non par courriel (il possède bien une adresse, mais il l’a oubliée et ne saurait pas comment y accéder de toute façon). «Lorsque j’arrive à un nouvel emploi, les gens n’en reviennent tout simplement par que j’utilise encore le fax», confie celui qui anime cet été la quotidienne Sucré Salé à TVA et l’émission du matin à CKOI. «Il est même déjà arrivé à certains d’éclater de rire, mais les gens finissent par s’y habituer.»
Son agente a bien essayé de lui faire adopter le courriel comme tout le monde (comme elle avait également tenté, sans succès, avec le téléavertisseur et le téléphone cellulaire il y a quelques années), mais celui dont l’agenda est de toute façon bien garni affirme ne pas en avoir besoin pour faire son métier.
«J’aime ça être déconnecté, résume-t-il. Beaucoup de gens se sentent libres avec les nouvelles technologies, mais moi, ça me donne l’impression d’être en laisse. Et puis de toute manière, si les gens veulent vraiment me joindre, ils peuvent m’appeler au travail ou à la maison.»