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Q › Comment peut-on changer une société valant des milliards de dollars sur les marchés boursiers avec des investissements d’à peine quelques milliers de dollars?
R › D’abord en utilisant le pouvoir de ses droits de vote à l’assemblée annuelle des actionnaires, pour appuyer des propositions ou s’y objecter. Chaque vote compte et la responsabilité sociale d’une entreprise est dictée par celle de ses actionnaires. Il est donc primordial de se prononcer.
Pour s’assurer d’avoir un impact plus important lorsqu’on est un petit investisseur, il est possible de se joindre à des organismes comme le Regroupement pour la responsabilité sociale et l’équité, qui se déplace dans les assemblées et parle au nom de milliers de détenteurs d’actions. On profite ainsi d’un effet de levier plus important dans l’utilisation de ses droits de vote. Puis, un actionnaire a généralement le droit de soumettre une proposition à l’assemblée générale et peut par la suite en faire la promotion auprès des autres actionnaires.
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Q › Est-ce que l’investissement responsable est à la portée de tout le monde?
R › Tout à fait, et je dirais même qu’il est essentiel que tout le monde y ait accès. Ne pas tenir compte des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance commence à coûter cher aux actionnaires.
On n’a qu’à penser à la fraude comptable d’Enron avec le cabinet Arthur Andersen; à l’entreprise américaine Gap avec le travail des enfants; ou encore à la société pétrolière européenne Total qui a été condamnée à verser 192 millions d’euros (300 millions de dollars) en dommages et intérêts (solidairement avec l’entreprise Rina, qui était chargée de l’inspection) pour sa responsabilité dans le naufrage du pétrolier Erika, en 1999, à l’origine d’une marée noire qui avait souillé 400 kilomètres de côtes françaises.
Ça gruge une bonne part de l’avoir des actionnaires, qui n’apprécient pas non plus être associés à ces événements. Je crois que personne aujourd’hui ne peut se permettre de fermer les yeux sur ces risques.
Q › On l’a vu encore récemment dans le cas de Crocs, les entreprises semblent utiliser les suppressions d’emplois pour faire grimper les actions et faire plaisir aux actionnaires. Ce n’est pas une méthode un peu perverse?
R › C’est souvent ce qu’attendent les propriétaires et actionnaires de ces compagnies-là. Mais cette vision de l’entreprise et de son rôle à jouer est en train de changer.
Parce qu’une compagnie qui développe un mauvais capital social ou une mauvaise réputation tend à durer moins longtemps et à obtenir des rendements en conséquence suivant des décisions un peu barbares qu’elle a pu prendre dans le passé.
Q › Des économistes craignent qu’on déresponsabilise l’État en demandant à l’entreprise d’avoir une morale, alors que ce serait le rôle de l’État de fixer des règles claires et précises en fonction des valeurs de la société. Le concept d’investissement responsable pourrait avoir des effets indésirables?
R › Une personne morale (une entreprise) est nécessairement un acteur dans la société. Elle a des responsabilités et des devoirs comme n’importe quelle autre personne. Cela en fait un acteur politique. Je crois que les investisseurs doivent reprendre le contrôle de leur compagnie et y faire transparaître leurs valeurs et leurs objectifs de vie.
S’il n’est pas actionnaire, le citoyen peut réclamer une réglementation plus sévère, mais s’il est actionnaire, il peut agir directement sur l’entreprise.
Q › Est-ce que les citoyens ont le temps et la volonté de s’engager dans l’activisme économique?
R › J’espère que oui. Comment peut-on magasiner chez Wal-Mart, ou faire son plein chez Esso plutôt que dans une station plus responsable, et à la fois venir se plaindre du comportement irresponsable de ces compagnies? Si on souhaite que les entreprises et les gouvernements agissent de façon responsable, il faut que nous y mettions un peu du nôtre. Sans quoi, ce sont des vœux pieux.