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Dossiers chauds

Dommages collatéraux (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 7
août 2008

Mis au ban

Avoir du sang sur les mains, même dans un cadre légitime, va à l’encontre des valeurs de la société. «C’est un tabou très lourd, explique Christophe Wasinski. Depuis l’enfance, on nous enseigne qu’il ne faut pas faire de mal à autrui. La Bible, qui a profondément influencé la morale occidentale, dit : “tu ne tueras point”. Aussi, depuis la guerre du Vietnam, qui a été très médiatisée, l’opinion publique tolère moins les conflits armés. Voir les morts à la télé choque le peuple.»

Le soldat qui tue ne devient pas un paria au même titre qu’un criminel – parfois,il peut même gagner un statut de héros, estime le politicologue. «Reste que son expérience inusitée l’isole des autres, et cette exclusion peut nuire à sa santé mentale.»

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«C’est un peu comme les bourreaux autrefois, estime Rémi Landry, lieutenant-colonel à la retraite. Ils exécutaient les sentences de mort prononcées par la justice, de la même façon qu’aujourd’hui, la société cautionne l’utilisation de la force dans le cadre de certaines missions militaires. C’est un travail qui doit être fait par quelqu’un dans la communauté. Mais les bourreaux étaient obligés de vivre cachés, à l’extérieur des villes. Personne ne voulait les fréquenter.»

À titre d’ancien militaire, il expérimente parfois lui-même une forme de rejet. «À l’Université de Sherbrooke, où je suis chargé de cours, je sens parfois de la réticence à mon égard dans le regard des étudiants. Certains s’imaginent que les soldats sont des tueurs professionnels qui aiment la violence, des êtres sanguinaires dépourvus d’émotions. Pourtant, je vous assure que recourir à la force ne se fait pas de gaieté de cœur. Hélas! Une guerre ne se gagne pas en jouant aux échecs.»

Jeter les armes

«Seuls 2 % de la population militaire se sent parfaitement à l’aise de tuer, selon des études américaines réalisées en Corée, pendant la Seconde Guerre mondiale et au Vietnam, précise Christophe Wasinski. Il est d’ailleurs possible que ces gens soient des psychopathes qui expriment leur pulsion meurtrière à travers l’armée.»

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Samuel Marshall, un colonel américain qui avait été engagé par les services historiques de l’armée, s’est rendu compte qu’environ 80 % des soldats étaient incapables d’ouvrir le feu sur l’ennemi. Même quand il s’agissait de sauver leur peau ou celle de leurs frères d’armes.

«En zone de guerre, les relations d’évitement entre ennemis sont plus fréquentes qu’on le rapporte, affirme Christophe Wasinski. Les troupes adverses se ren-contrent, mais choisissent de s’éloigner l’une de l’autre sans tirer. Pendant la Première Guerre mondiale, des soldats allemands ont même disputé un match de football contre des soldats français! Il y a une tendance naturelle à éviter de tuer si on ne se sent pas surveillé et obligé de le faire.»

Une réalité qui oblige d’ailleurs l’armée à user de tactiques psychologiques pour améliorer les capacités de tir des soldats. Par exemple, les militaires font des exercices qui visent à rendre le tir le plus instinctif possible, explique le spécialiste de la guerre : «Le but n’est plus de cibler un point, comme un chasseur, mais de produire un grand volume de feu, à la volée. C’est plus facile que de viser quelqu’un en particulier.»

Autre stratégie : le travail d’équipe, qui joue un rôle déterminant sur le plan de la surveillance mutuelle entre membres d’un bataillon. «La peur de paraître lâche aux yeux de ses collègues est un puissant moteur de combat», dit-il.


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