Trouvez un article

Rechercher

Dossiers chauds

Trop bête… (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 7
août 2008

Parmi les principales causes de leur désarroi : mettre à mort un animal devant ceux qui le chérissaient. «D’abord, les vétérinaires sont eux-mêmes peinés, puisque dans bien des cas, ils soignaient l’animal depuis longtemps, explique Anne-Marie Lamothe. Ensuite, ils doivent absorber le chagrin des propriétaires et trouver les mots pour les réconforter. Tout ça en poussant la seringue…»

«J’ai euthanasié un chien pendant que les enfants pleuraient, couchés sur lui. Ça m’a brisée», se rappelle Anne-Marie Couture, vétérinaire en urgentologie et soins intensifs au Centre hospitalier universitaire vétérinaire, à Saint-Hyacinthe.

Pub.

Tuer ou ne pas tuer

Le geste de tuer est encore plus cruel quand il leur faut éliminer des animaux pour des raisons futiles. Parmi les pires cas rapportés par les vétérinaires : la couleur de toutou s’harmonise mal au nouveau tapis du salon; minou perd son poil; un couple se sépare et un des conjoints préfère tuer pitou plutôt que de le céder à l’autre.

«Ça crève le cœur de pratiquer l’euthanasie pour des bagatelles, dit Anne-Marie Couture. Sauf que certains clients me disent : «Si tu n’euthanasies pas mon chien, je le tire moi-même à coup de carabine.» Alors, j’aime autant lui offrir une mort paisible.»

Mais pour Odette Girard, propriétaire d’une clinique vétérinaire à Montréal, pas question de plier devant ces demandes. «Je ne veux pas porter l’odieux de tuer un animal en santé», dit-elle. Si, en début de carrière, elle y consentait sans se poser de questions, une crise existentielle et quatre ans de psychothérapie l’ont emmenée à revoir les règles de sa pratique. Désormais, elle ne fait plus d’euthanasie sans raison valable.

«Tenir entre ses mains une seringue qui contient un liquide mortel n’est pas banal, explique-t-elle. C’est une lourde responsabilité. J’ai devant moi un être vivant. Et l’instant d’après, par mon action, il sera mort. Qui suis-je pour décider qui peut vivre ou non?»

Non coupable

D’autres vétérinaires préfèrent se percevoir comme de simples exécutants dans le processus de l’euthanasie. Ainsi, avant de tuer un animal, Valérie rappelle à son client qu’il est seul garant de sa décision. «Cela me permet de me décharger du poids d’arrêter la vie… Ma responsabilité consiste à m’assurer que la bête meurt sans souffrir.»

Cette attitude permet à plusieurs de surmonter l’angoisse. «Ils ont besoin de se construire une sorte de base philosophique afin de justifier leur geste à leurs propres yeux», constate Anne-Marie Lamothe.

«Certains cherchent aussi à réparer symboliquement le fait de donner la mort», remarque Luce Des Aulniers, professeure au Département de communication sociale et publique à l’UQAM, et spécialiste des rapports du vivant avec la mort. Un peu à la manière de Caroline Riel, qui a sauvé de l’euthanasie quantité d’animaux malades de la SPCA en les cachant clandestinement dans sa chambre des résidences du cégep Lionel-Groulx. «Je les soignais, puis je les ramenais à la SPCA en espérant qu’on les adopte. Quand une famille les choisissait, j’en pleurais de joie.»

Paradoxalement, l’euthanasie apporte aussi une certaine forme d’apaisement, soutient Michel Pépin. «Ce n’est pas toujours crève-cœur de donner la mort. Au contraire! Les vétérinaires ont le pouvoir de soulager les animaux atteints d’un mal irrémédiable en leur apportant une fin sans souffrance. Un privilège dont ne jouissent même pas les humains! À mon sens, c’est un des plus beaux gestes de compassion qu’on puisse poser.»


guide de survie


À quel point aimez-vous votre travail?








Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

NOS AIGUILLEURS